Jeudi 6 mars 2008 4 06 03 2008 14:53
Un peu de changement apres toutes les  polémiques, je vais  parler un peu d'un manga  sans doute le meilleur que j'ai lu: Gunnm et sa suite Last Order.

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geo.jpg Gunnm est un manga de SF de Yukito Kishiro se déroulant quelques siècles après notre époque. De toutes nos métropoles il ne reste que Zalem une cité flottante et Kuzutetsu la cité-décharge qui s'est développée sur les ordures rejetées quotidiennement par Zalem. Le manga débute avec la découverte d'un cyborg, très abimé mais dont le cerveau est resté intact , par un jeune cyber-médecin, Daisuke Ido, lors de ses explorations dans la décharge. Il décide de le ramener chez lui pour lui redonner un nouveau corps.

gally06.gif Le cyborg est une jeune femme, malheureusement les longues années passées en état de veille dans la décharge l'ont rendue amnésique, Ido lui donne donc un nom, Gally (celui de son chat décédé). Il s'avère assez rapidement que Gally était un cyborg de combat, bien que ses souvenirs lui restent inacessibles ses talents de combattante refont surface. Elle pratique un art martial inédit sur terre, le Panzer Kunst, une technique de combat au corps à corps développée sur Mars et spécialement élaborée pour tirer pleinement parti des capacités physiques supérieures des cyborgs disposant d'un corps de type humanoïde. La prise de conscience de ces facultés innées pour le combat pousse Gally à s'inscrire parmi les Hunter Warriors de la décharge, les chasseurs de primes ayant pris le relai de la police, démantelée depuis des décennies. C'est là le début de sa quête pour la réappropriation de son passé et la réponse à la question, qui suis-je?


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Cette quête va donc originairement s'etendre sur 9 tomes, mais quelques années plus tard apres la parution du 9eme tome l'auteur décide de modifier la fin qu'il avait écrite, selon ses dires, sous la précipitation pour des raisons de santé. Kishiro avait donc écourté le sénario pour clore son manga plus rapidement.
En 2002, quatre ans après la parution du dernier volume, paraît alors Gunnm Last Order, une version révisée de la fin de la série précédente qui chronologiquement démarre vers le milieu du 9éme tome et annulant donc le dénouement initial.



Gunnm est un manga assez spécial, il n'a que moyennement marché au Japon (comparé aux gros titres) alors qu'il a obtenu une assez grande notoriété à l'etranger. On est assez loin du genre high tech aseptisé que l'on retrouve assez fréquement dans la SF japonaise, les cyborgs croisés dans la décharge sont sales, rafistolés avec des morceaux de feraille rouillés. La violence la plus brutale y règne en maître, meurtre, viol et souffrance sont le lot quotidient des habitants de la décharge et Kishiro ne nous épargne rien, sang, vicères et organes en tout genre giclent régulièrement. C'est dans un monde en totale déchéance qu'évolue Gally, prenant elle aussi sa part de violence dans sa quête introspective.

Cependant on est bien loin d'un Hokuto no Ken (Ken le survivant) décérébré et de son une idéologie simpliste moralisatrice en total décalage avec l'abattage en règle de ses semblables par le héro. Gunnm pose en parmanence la question de la condition humaine en arrière plan, qu'est-ce qu'être humain, sommes-nous libres de nos actes? Gally passe par tous les doutes, parfois nihiliste, parfois exaltée, sa vie est autant une quête pour ses souvenir qu'une quête spirituelle. Gunnm est véritablement une oeuvre forte et mûre comme j'ai rarement (voir jamais) croisé dans les mangas qui sont généralement très ados-centrés, que j'ai trouvé bien supérieure aux autres gros titres: dehors les kenshin, naruto, evangelion avec leur personnages à la psychologie aussi profonde qu'un dé à coudre. Difficile de ne pas faire la fine bouche sur ses lectures dans le domaine du manga (à moins de se tourner vers les titres plus humoristiques) après avoir lu Gunnm tant il surpasse largement la superficialité crasse de tous titres (un mot bien plus grossier et extrême m'était venu en première intention) qui se vendent comme des p etits pains.

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Par Thra - Publié dans : Nombrilisme
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Dimanche 2 mars 2008 7 02 03 2008 14:48
J'emprunte le titre d'un livre de Paul Ricoeur pour répondre au commentaire de Stéphane à propos de l'article précédent. J'ai trouvé que son commentaire était un bon sujet de réflexion et je lui consacre donc un nouvel article.

Voici donc ma  réponse:

Chacun a son histoire et ce que dit ou pense une personne n'est pas la personne en elle même à mon avis. Le fameux cogito de Descartes est réducteur, le point de départ de toute chose ce n'est pas le "je", le "je" est entre autres le produit d'une histoire, d'une tradition et d'interactions avec les autres et avec le milieu. Et il est toujours en évolution (enfin il vaut mieux ^^). L'étant de quelqu'un (son comportement, ce qui est observable) n'est pas son "lui-même", mettre à jour son "soi-même" est un accouchement de longue haleine, il est même à envisager qu'il soit impossible étant donné sa nature évolutive.

Donc une bonne part de notre construction se fait par notre rapport au monde, attention je ne nie pas la personnalité singulière, je ne dis pas que 2 enfants en bas age lâchés dans le même milieu avec la même éducation seront identiques (bien que même dans un tel cas comment juger si ils ont bien subit des influences identiques?) mais notre psychisme se construit de l'extérieur, dans le sens où il y a peut être une organisation interne préalable mais que celle-ci a besoin de l'extérieur pour fonctionner et se développer.

Bon revenons aux gens que tu croises dans le train/bus/métro et qui semblent plutôt terre à terre, à partir de ma conception de la chose (qui est donc influencée par mon éducation, mes lectures, la tradition, la culture de notre société, et aussi peut être par une structure biologique propre préalable) ils sont aussi le fruit, comme nous, d'une certaine histoire et sous l'influence du milieu. Quand on parle d'esprits formatés ce n'est pas une simple métaphore, nous le sommes tous, seulement selon les influences qui ont affecté notre psychisme nous sommes plus ou moins résistants à certains types de messages ou de manipulations, nous arrivons plus ou moins à élargir nos horizons. La société a un grand rôle à jouer dans cette question, ses choix (donc ce qui dégage de l'ensemble de sa population) déterminent le milieu et donc une part des comportements de sa population.

Des années de conditionnement ne se défont pas en quelques minutes, parce que celui-ci est un morceau du "je". En un sens on ne se déconditionne pas mais on se reconditionne, on se conditionne à l'ouverture. L'opposition classique élite*/masse a fait beaucoup de tort à mon avis, parce que les deux font parti d'un même ensemble au destin lié. Donc si l'on trouve que le niveau général de notre société est faible c'est que son fonctionnement l'encourage, peut être que les intellectuels font fausse route, mais peut être aussi (et c'est une hypothèse plus probable à on avis) que le pouvoir trop occupé par ses intérêts n'accorde d'espace qu'aux idées allant dans leurs sens.

Je tiens à préciser que je ne dilue pas l'individualité dans le groupe, j'envisage la question sous l'angle de l'influence de l'autre sur soi. Et peut-être que "ces gens" sont plus heureux que nous qui nous faisons des noeuds dans la tête... d'ailleurs "ces gens" ont surement individuellement, individuel mais issu d'une histoire avec les autres, quelque chose à transmettre.

*(D'autant plus que de nos jours un certain glissement de terrain s'est effectué, l'élite qui autrefois désignait surtout les intellectuels, couvre maintenant à la fois les sphères de pouvoir et les sphères intellectuelles et culturelles, or pouvoir ne rime pas toujours avec culture...)

Par Thra - Publié dans : Réflexion
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Samedi 1 mars 2008 6 01 03 2008 16:00
"...toute compréhension d'autrui ou de l'alterité comporte une part d'autocritique. Celui qui comprend ne revendique pas une position supérieure, mais reconnaît que sa propre présomption de vérité puisse être mise à l'épreuve."
Hans Georg Gadamer

C'est tellement simple qu'on l'oublie tout le temps.
Par Thra - Publié dans : Réflexion
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Vendredi 29 février 2008 5 29 02 2008 14:00

Quelques mises en garde que Platon prête à Socrate à propos du savoir issues des sciences du logos (discours,/raison donc biensûr la philosophie mais aussi ce qu'on appelle maintenant les sciences humaines), qu'il désignait comme nourriture de l'âme par opposition aux aliments qui sont la nourriture du corps:

 

"Lorsque l'on se les procure, on ne devrait pas être moins méfiant si l'on veut se faire vendre de la mauvaise marchandise. Le risque est même beaucoup plus grand lorsqu'il s'agit d'acheter du savoir que lorsqu'il s'agit d'aliments. Car les aliments et les boissons quand on les achète chez le détaillant, on peut les emporter chez soi dans des récipients spéciaux et, avant de se les incorporer en les buvant et en les mangeant, il est possible de les laisser chez soi et de consulter l'expert que l'on aura appeler pour savoir ce qu'il y a lieu, ou non, de manger ou de boire, en quelle quantité et à quel moment. Lorsqu'on les achète le risque n'est donc pas très grand. Le savoir, quant à lui, ne peut s'emporter dans un récipient à part; il est, au contraire, inévitable une fois qu'il a été acheté, de le recevoir directement dans l'âme elle-même et de s'en aller instruit par lui --- que ce soit pour notre malheur ou pour notre bien."

 
La question n'est pas d'avoir peur d'entrer en contact avec un "mauvais" savoir, ce qui sera inévitable du fait de cette incorporation immédiate et de la possibilité d'un mauvais choix de notre part, mais de reconnaître nos influences et de prendre ces connaissances pour ce qu'elles sont: des discours à discuter. Le discours s'insinue en nous et nous façonne, se questionner sur son savoir se fait toujours à posteriori après l'avoir incorporé, l'important est de ne pas sauter cette étape (autant que de choisir sa source).

Donc voilà avant de venir répéter ici comme un brave mouton tout ce que je lis pour faire le malin... il faudra que je progresse encore.

 

Par Thra - Publié dans : Réflexion
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Mercredi 27 février 2008 3 27 02 2008 19:55
"Une société prête a sacrifier un peu de liberté contre un peu de sécurité ne mérite ni l'une, ni l'autre, et finit par perdre les deux." - Benjamin Franklin

Maxime connue (ou pas) mais qui illustre bien le débat, ou le manque de débat plutôt, à propos la mesure concernant la rétention de sûreté appliquable aux détenus ayant fini de  purger leur peine. Mesure que notre président compte imposer en s'essuyant les pieds sur l'avis du conseil constitutionnel.

Par Thra - Publié dans : Société
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