Vendredi 22 février 2008 5 22 02 2008 13:59

Quelques extraits de cours donnés par Marin Heidegger en 1934 (tirés de "La logique comme question en quête de la pleine essence du langage"), en cette période où l'on parle beaucoup de la valeur travail, voilà je pense, quelque chose qui remet les pendules à l'heure:

 

«Il y a [...] un deuxième sens que prend la détermination, du fait que nous assumons cette vocation qu'est la détermination de telle sorte que nous avons à l'accomplir. Être-déterminé veut dire en ce sens que notre comportement tout entier et notre maintient reçoivent leur empreinte et leur ordonnancement, à partir de ce qui est pour nous mission et charge. Réaliser notre vocation, la mettre en oeuvre et l'amener à l'oeuvre à chaque fois dans la sphère définie de ce qu'il y a à faire -- cela s'appelle travailler.
Le travail n'est pas une occupation quelconque dont nous nous acquittons par calcul, à cause d'une situation de besoin, pour passer le temps ou par ennui; le travail, c'est ici la vocation devenue détermination résolue de notre essence à sa vocation, c'est l'empreinte et l'armature que donne l'accomplissement de notre mission et la réalisation de ce dont nous avons la charge, chaque fois dans l'instant historial. [...]

Il est clair que l'animal et la plante ne travaillent pas, non parce qu'ils sont insouciants, mais parce qu'ils sont hors de la possibilité de travailler. Même le cheval qui tire la charrue ne travaille pas; il est simplement attelé à un évènement de travail de l'homme. La machine non plus ne travaille pas. Dire qu'elle travaille est une fausse interprétation à laquelle nous a habitué le XIXe siècle.
Cette interprétation erronée va si loin que la physique a adopté le concept de "travail" pour en faire un concept scientifique. Parce qu'on attribué une capacité de travail à la machine, l'homme en tant que travailleur a pu ensuite être rabaissé au niveau de la machine -- conception qui est au plus intime d'elle même inséparable d'une position par rapport à l'histoire et au temps qui les prend dans le sens de l'inessentiel qui défigure l'essence de l'être historial.
»

 

En fait j'aurai voulu simplement citer «Parce qu'on a attribué une capacité de travail à la machine, l'homme en tant que travailleur a pu ensuite être rabaissé au niveau de la machine» mais j'ai pensé que quelques éclaircissements sur la conception qu'a Heidegger du travail rendrait encore plus parlante la citation (qui avait déjà, même prise hors contexte, de la force). J'ai fait en sorte de retirer ce qui ne pouvait être compris sans avoir lu tout ce qui précède et qui aurait rendu un peu indigeste le tout.

 

Moi aussi j'attends que l'on remette la France (voir le monde?) au travail, mais ce n'est pas du même "travail" que nos défenseurs cyniques et/ou ignorants de la valeur travail parlent à mon avis. En fait je dirai plutôt que remettre au travail, il est plutôt question de laisser les gens accomplir leur travail.

Par Thra - Publié dans : Réflexion
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Lundi 18 février 2008 1 18 02 2008 15:19
J'ai regardé hier l'émission Ripostes sur France 5 dont l'intitulé était "Sarkozy, Dieu et la République", débat finalement assez stérile pour cause d'invités trop radicaux, chaque religion cherchant à tirer la couverture à elle. Leur seul point d'accord étant un sentiment de trop grand radicalisme de la laïcité qui selon eux n'accorde pas assez d'espace à leurs particularités, par devant biensur ils sont tous pour la laïcité mais ils se disent aussi contre les laïcards. Un peu comme quand on se dit pour les droits de l'homme et qu'on traite de droit de l'hommistes ceux qui viennent nous signaler qu'on est en train de se torcher le cul avec la déclaration. Ma vision est que, tant qu'ils tapent sur la laïcité, et qu'elle tient bon, au moins ils se tapent pas dessus entre eux. D'ailleurs leur belle unité oecuménique a volé en éclat quand ils ont abordé le sujet chaud du moment: le parrainage des enfants victimes de la Shoah par des élèves de CM2. Bizarrement le rabbin invité a approuvé la mesure alors que ses collègues musulmans et catholiques (et les invités sensés représenter la voix de la laïcité) étaient plutôt opposés.

Mais ce débat a ravivé chez moi autre chose à propos des religions, notamment les 3 dites du Livre, Christianisme, Islam et Judaïsme. J'ai remis les pieds dans une église il y a quelques mois à l'occasion d'un mariage (ça faisait des années que ça n'était pas arrivé, si on met de côté les visites touristiques) et plus que jamais j'ai été frappé par cet atmosphère de dévotion, de soumission, d'adoration, s'en était presque écoeurant. Une question que j'aimerai poser aux croyants qui suivent les dogmes et les rites de leur foi c'est si ils pensent que leur dieu les aime vraiment. Quel genre de dieu peut demander à ses fidèles de chanter ses louanges de cette manière, de s'abaisser comme ça devant lui. Dieu est grand il nous est infiniment supérieur, très bien, mais qu'est-ce qu'un être si supérieur peut bien en avoir à foutre qu'on lui cire les pompes de manière aussi grossière, si il accorde la moindre importance à ce genre de manifestation alors c'est qu'il ne vaut pas mieux que l'humanité. Si il y est sensible alors on peut se demander si il n'a pas quelques complexes personnels à régler.

Certains répondront que ce n'est pas leur dieu qui l'exige mais que d'eux même ils veulent lui rendre grâce, à ceux là je répondrai que leur dieu si il est infiniment moins futile que nous alors les beaux discours il en a rien à cirer, que la flatterie même sincère ne l'atteint pas que l'action est bien plus révélatrice. Et je ne parle pas de consacrer sa vie à la charité, simple palliatif qui ne remet rien en cause, qui au contraire traduit l'acceptation du système, l'acceptation du rapport d'infériorité et de supériorité entre les franges de la société, de l'humanité. Apprenez à véNefrer comme dirait F.Herbert (cf Destination vide et L'incident Jésus de F.Herbert et Bill Randsom), si c'est lui qui vous a crée c'est pas parce qu'il avait besoin de supporters.

Je n'essaierai de convaincre personne d'abandonner sa foi, je suis trop conscient de la vanité de la démarche. Par contre si vous croyez en une force supérieure alors rappelez-vous qu'une oeuvre pour un créateur a autant d'importance que sa propre existence, tout comme on se sacrifie pour ses enfants et qu'on ne demande pas à un de ses enfants de tuer son frère parce qu'il nous a manqué de respect. Je ne suis pas croyant, on l'avait deviné je pense, je me qualifierai plutôt d'agnostique. Mais ce dont je suis sur c'est que si un Jésus a existé, c'est qu'il était humain pure souche et que les assassins de sa pensée ont fait bien plus de mal que ceux qui l'ont crucifié. Il avait su prévoir sa mort il n'avait pas prévu le christianisme.


Ps: J'aurai encore bien plus à dire sur la religion, mais ça sera pour une autre fois parce que la liste est longue, quand on promet le paradis après la mort c'est qu'on a décidé que la vie devait être un enfer.
Par Thra - Publié dans : Société
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Samedi 16 février 2008 6 16 02 2008 17:56
Un peu facile de taper sur Alain Finkielkraut me direz -vous  mais  comme c'est mon premier article... je m'auto-excuse. Ceci dit le sujet est vaste l'homme est aussi bavard que ses réflexions sont primaires. on peut lui reconnaître quelque chose c'est d'avoir beaucoup lu et si il a beaucoup écrit je dirai qu'il a surtout beaucoup repris (dire recopié ça serait méchant quand même). On reprend tous c'est vrai, seulement le but c'est de construire à partir de ce qu'on a reçu. Et sur ce point là , je trouve que ce titre qu'il a lui même trouvé pour l'un de ses livres lui va à merveille, la défaite de la pensée, défaite qui est celle de sa propre pensée avant tout.

Comme la critique étant facile on va donc se limiter à une petite phrase, pleine d'une clairvoyance qu'on aurait pas cru de lui, si ce n'est qu'il n'en avait pas encore saisi l'étendue et pas prévu à qui elle pouvait s'adresser en fin de compte. Il l'a lâché il y a quelques temps lors d'une interview dans le contexte des émeutes en banlieue de 2005:

[à propos des émeutiers]
"C'est le désir d'éliminer les intermédiaires qui se trouvent entre eux et les objets de leur désir. Et quels sont les objets de leur désir ? C'est simple : l'argent, les marques, et quelques fois, les filles. Et c'est quelque chose pour laquelle notre société porte sûrement la responsabilité. Parce qu'ils veulent tout, immédiatement, et que ce qu'ils veulent n'est que l'idéal de la société de consommation."

Mais dis donc Alain on aurait donc un président tout droit sorti des banlieues?

Par Thra - Publié dans : Société
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Samedi 16 février 2008 6 16 02 2008 04:13

Alors pourquoi ce blog, qu'est-ce que je vais y mettre? Étant donné le titre on peut deviner que ça sera pas la célébration de la joie et de l'allégresse mais ça serait aussi aller trop vite de penser que le propos c'est l'appel à la violence ou son apologie, que ça sera le déversoir de tout ce qu'il y a de plus primaire dans l'océan de mes pulsions. Non ça sera autant que possible fidèle à moi même, le piège sera de tomber dans le rôle de l'énervé et j'espère l'éviter. Mais ce n'est pas pour rien que j'ai choisi "Rue de la Haine" (expression empruntée à une chanson du groupe Ärsenik) cette émotion trop refoulée, trop honteuse et pourtant née des rêves brisés et qui n'existe pas sans l'amour. J'aurais pu choisir "Paradis Assassiné", encore Ärsenik oui, c'est bien dans l'idée aussi mais trop symbolique peut être. Enfin je vais pas commencer à creuser dès l'intro, j'ai tout un blog à remplir et j'aurai l'occasion d'y revenir.  

On va éviter le monologue autant que possible, j'espère qu'il y aura de l'échange et je m'attellerai à le favoriser sur un maximum de sujets qui me touchent, la culture, l'actualité, la société etc. les tags que j'ai mis dans la présentation sont là pour ça. J'ai bien l'intention de plonger dans le fond, là où on a pas envie de regarder, on nous a appris à rêver pour mieux décevoir quand l'illusion vole en éclats, on a décidé pour nous quelles étaient les règles du jeu, la moindre des choses c'est de dire qu'on est pas dupe et quoi de mieux pour y parvenir que de se gaver, se vautrer dans la connaissance. Chez moi l'élan actuel c'est la rage, la haine peut être et pourtant... comme je l'ai censurée, comme je me suis censuré durant toutes ces années.

Voilà il est temps de conclure l'intro de ce premier blog, j'en ai sûrement assez dit même si j'ai pas l'impression d'avoir fait le tour. Je n'ai pas toujours vu l'utilité de venir s'étaler sur le net (cf le tag "nombrilisme" dans les mots clefs), partager? avec qui ? Je crois que c'est avant tout pour soi qu'on écrit même quand c'est pour être lu par d'autres yeux que les siens, à mon avis c'est toujours plus fort de dire les choses ou de les écrire que de les avoir simplement pensées. Trop souvent ça s'efface ou on perd l'élan qu'on avait au moment où ça s'est produit, alors pour ne pas perdre l'énergie il faut le graver quelque part, même si plus tard on peut penser que c'était une connerie l'important c'est pas toujours l'énoncé mais simplement de s'être exprimé.

Par Thra - Publié dans : Nombrilisme
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