Mardi 18 mars 2008
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22:20
Suite à quelques commentaires où l'on avait fait mention de Nietzsche et de sa récupération par des idéologies totalitaires, eugénistes ou racistes
je vous propose d'aller jeter une oreille sur ce document
audio très éclairant publié sur le blog Paris4-Philo. Si une
approche vivante de la philo vous intéresse je ne saurai trop vous conseiller de farfouiller sur ce blog bien fourni en documents audio et vidéo.
vous bug_fck
Par Thra
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Mardi 18 mars 2008
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2008
15:08
Il faut tout moderniser, tout doit être modernisé, on entend que ça ces temps-ci. Tout le monde parle de modernisation mais chacun a son idée sur la
question et taxe ses détracteurs de rétrogrades.
Mais qu'est-ce au fond la modernité? Le sens premier de la modernité était de changer les règles de la vie sociale à la lumière de la raison pour la sortir du carcan de la tradition et de la
culture en les passant crible de la critique. Depuis bien longtemps en fait chaque génération s'est réclamée de la modernité. La modernité serait donc rabaissée à un synonyme de présent, de
l'ancré dans l'actuel par opposition au passé (forcément rétrograde). Bien que la brandissant à tout bout de champ on l'a finalement reléguée au rang de la simple mise à jour et du simple progrès
technique.
Où est passée la volonté de changement des règles sociales? On a assimilé la modernisation des institutions à l'adaptation de celles-ci aux contraintes de l'actualité, en fait une vulgaire
soumission aux conditions "extérieures" dues à la nouvelle "réalité de notre monde moderne". En quoi notre monde est-il moderne? Il est surtout celui de la science et du libéralisme triomphant
(avant l'épuisement total des ressources?), la réalité du monde n'est pas extérieure aux activités humaines mais elle en dépend. La modernisation ne doit donc pas être une adaptation mais un
choix vers l'amélioration du fonctionnement de nos sociétés. Elle ne doit pas comme on l'entend trop souvent dans la bouche de nos politiciens plier les institutions aux réalités du marché
--réalité taillée sur mesure par et pour une minorité-- mais au contraire déterminer le cadre des activités humaines.
En assimilant la modernité au progrès technique et scientifique tout gardant un vague souvenir de sa vocation de transformation
de la société celle-ci n'est devenue qu'un vulgaire argument politicien destiné à faire passer toute mesure comme un progrès et par là même, présenter toute voix discordante comme passéiste,
poussièreuse et obscurantiste.
Par Thra
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Samedi 15 mars 2008
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15:44
Voilà je voulais mettre quelques lignes à propos de ce philosphe finalement assez peu connu en France alors qu'il jouit à l'etranger (enfin surtout
en Allemagne évidemment) d'une certaine reconnaissance, cf la brièveté de l'article qui lui est consacré dans le wikipédia français. D'une longévité exceptionnelle, il est mort en 2002 à l'âge de
102 ans, il est le père d'une nouvelle orientation de la philosophie, à laquelle il confère un tournant herméneutique ontologique (le questionnement sur
l'être). Il radicalise donc l'herméneutique à un statut universel, dépassant donc son application historique directe qui est l'interprétation des textes, pour en faire une philosophie
d'interprétation de tout ce qui se rapporte aux questionnements fondamentaux. Le langage occupe une place centrale dans sa pensée et il est pour lui avant tout un dialogue. Selon lui l'art
de la compréhension est un art de l'écoute et pour rendre le dialogue possible il faut laisser ouverte la possibilité que ce soit l'autre qui ait raison.
Il propose donc un nouveau regard sur la (et les) vérités, qu'elles soient issues des sciences humaines ou même des sciences exactes. Celles-ci
exposent un savoir reposant sur des démonstrations à partir d'un déjà-su mais pour toute démonstration la justesse des prémisses doit être établie pour que le raisonnement soit valable.
Donc pour Gadamer la philosophique a toujours sa place en amont des sciences tant que ces prémisses tenues pour vraies mais également comme premières et indérivables sur lesquelles elles reposent
sont sujettes au questionnement. C'est donc là tout l'objet de sa philosophie hérméneutique, dans laquelle il accorde une grande importance à l'expérience de l'art (toujours dans une
herméneutique langagière, donc du dialogue) et y voit un accès possible à ces prémisses, les vérités premières.
Difficile de donner une idée juste de la pensée de Gadamer dans un carde aussi restreint et en tenant compte du fait que je n'ai pas encore terminé
de lire son oeuvre principale, Vérité et Méthode, j'èspère ne pas avoir trop dénaturée celle-ci en voulant en parler ici.
Ps: bon il va falloir que je m'attèle sérieusement à donner une explication du titre de ce blog, on va
finir par dire qu'il n'a rien à voir avec son contenu...
ti_bug_fck
Par Thra
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Mardi 11 mars 2008
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2008
21:33
J'ai récemment lu le livre La logique comme question en quête de la pleine essence
du langage, de Martin Heidegger (ed Gallimard) et voulant avoir quelques avis éclairés à son sujet j'ai fait quelques recherches
sur le net et je suis tombé sur un blog qui en citait un passage.
En fait le blog en question avait une thématique particulière: démontrer que la philosophie de Heidegger était à la base du
nazisme (il y'en a qui n'ont rien d'autre à faire dans la vie). Si l'adhésion temporaire du philosophe au parti Nazi en 1933 ne fait plus aucun doute, affirmer que toute sa philosophie est
d'inspiration nazie et même carrément inspiratrice du nazisme est une toute autre chose. Etant donné le nombre de philosophes de renom du XXe siècle qui reconnaissent l'apport majeur d'Heidegger
à la philosophie (surtout son oeuvre majeure Être et Temps) une
telle affirmation est particulièrement osée, si elle s'avèrait on pourrait considérer qu'une bonne partie de la réflexion philosophique de la seconde partie du XXe siècle repose sur des
inspirations nazies... Je remarque quand même que ces théories sur le caractère nazi intrinsèque de la pensée d'Heidegger émanent de "philosophes" inconnus dont les écrits n'ont propablement
jamais percé au delà de leurs cercles d'amis et vont à l'encontre des propos tenus par des grands noms du XXe siècle tels (presque au hasard... Emmanuel Levinas, Hannah Arendt, Gadamer etc.). Si
des philosophes du calibre d'Emmanuel Levinas qui ont subit les horreurs du Nazisme (rappelons qu'il est juif et qu'il a été interné durant la guerre) n'ont pas trouvé de rapport évident entre
les écrits philosophiques de Heidegger et l'idéologie nazie (il n'a pas pardonné son adhésion au nazisme mais se refuse de considérer l'oeuvre de Heidegger comme Nazie) comment ces pseudos
philosophes peuvent-ils prétendre le contraire? On touche là à mon avis à une certaine arrogance assez démente.
Bref le but de cet article n'est pas de relancer le débat sur Heidegger mais je voulais poser le contexte. J'ai
donc posté un commentaire sur le fameux blog en réponse à la citation:
“Heidegger : “C’est pourquoi avoir le coeur joyeux au travail est si important. Ce n’est pas là une disposition affective qui ne fait
qu’accompagner notre travail, ce n’est pas un supplément au travail; mais la joie comme disposition affective fondamentale est le fondement d’un vrai travail, dont l’accomplissement seul rend
l’homme apte à être-le-là”. (La logique comme question en quête de la pleine essence du langage, page 183).”
Cette citation était accompagnée d'une photo sur laquelle figurait des Allemands en uniforme avec le sourire au lèvres. Trouvant le procédé un peu
facile (et foireux pour être honnête) j'ecris ce commentaire:
Je ne vois pas en quoi cette citation est accablante à moins d’y introduire un sens par avance de manière plus ou moins consciente. Peut-être est-ce là une référence de votre part au fameux
“Arbeit macht frei” mais cela relève bien plus d’un procès d’intention que d’une réelle démarche rigoureuse, et l’accompagner de cette photographie est un procédé tout à fait facile. Dans le
texte “La logique comme question en quête de la pleine essence du langage” on y trouve du Nazisme que si l’on veut à tout prix en trouver. Personnellement j’y ai surtout trouvé, pour ce qui
concerne la politique, un démontage en règle du libéralisme sauvage.
Ce a quoi on me répond:
Je n’aurais pas cédé à cettte “facilité”, comme vous dites, si je n’avais pas eu d’autres arguments. Dans le livre Heidegger fustige la
mollesse du rectorat SA; légitime la “voix du sang”; en appelle à la “décision ultime”. Le cours de Heidegger est ultra-hitlérien. Vous y avez vu “un démontage en règle du libéralisme sauvage”.
La belle affaire! Dans le discours nazi un tel démontage a une surtout une signification antisémite.
De toutes façons l’exaltation de la joie au travail est au minimum fasciste. Chez Heidegger cela s’associe à l’antisémitisme nazi.
Bon comme prévu la réponse peut être considérée comme soit malhonnête au possible soit traduisant une compréhension totalement
détournée du texte. "La voix su sang" n'est pas du tout dans un contexte de race et d'appel à la guerre quant à "la décision ultime" elle n'a biensur rien à voir avec la solution finale (au
passge ce texte date de1935 et la solution finale n'est evoquée qu'en... 1942, un léger décallage quand même). Quant à la critique du libéralisme, il ne me semble pas que ce soit l'unique
apanage des nazis et des antisémites...
Bêtement je décide répondre ceci bien que totalement conscient d'avoir affaire à un esprit buté étant donné l'apperçu de la "profondeur" de la réflexion du
monsieur:
Evidemment si vous rajoutez "juif" à la fin de chaque phrase et que vous remplacez "Homme" par "Allemand" à des endroits judicieusement choisis on abouti à un texte nazi... Mais c'est vous qui
le faites. Vous ne dégagez pas du texte un propos qui serait nazi, mais vous en adoptez une lecture nazie ce qui est très différent.
Suite à ce message je reçois un mail du rédacteur du blog:
"J'arrête ici de pubier vos
propos.
Ils sont inadmissibles et me forceraient à répéter des argumentations déjà présentes sur le blog."
En retournant sur le blog je constate que mon second message a été supprimé (c'est pourquoi mon auto-citation n'est pas forcément tout à fait exacte au mot près).
Voilà je suppose que mes propos sont révisionnistes ou pires sont l'apologie du Nazisme, ce qui a motivé leur supression. Je ne peux que louer les méthodes de tels pourfendeurs du Nazisme (70
ans apres quand même faut-ille préciser...), "j'ai raison et si tu n'es pas d'accord ferme ta gueule" est surement le meilleur moyen de se faire une idée pertiente de ce que cette page sombre
de notre histoire a été.
Vous êtes donc prévenus, tout ce qui figure sur mon blog est hautement antisémite, révisioniste voir franchement nazifiant.
PS: je n'ai pas mis de lien vers le fameux blog, je n'ai pas envie de lui faire de la pub.
Par Thra
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Publié dans : Nombrilisme
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Vendredi 7 mars 2008
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13:58
Plus ou moins le père du concept de résilience, le très médiatique Boris Cyrulnik m'intrigue à plus d'un titre. Considéré par certains comme la bible
et le messie de la psychiatrie, de la psychologie, de la neurologie et de l'éthologie réunis je suis à la fois en accord avec nombre de ses théories tout en étant profondément dérangé sans
pour autant savoir exactement dire pourquoi.
Parmi ce qui me déconcerte le plus chez lui (mais pour le coup je sais pouquoi ça me dérange) c'est sa participation à la fameuse Commission Attali pour la libération de la croissance française.
Comment s'est-il retrouvé là? En regardant de manière attentive la liste descontributeurs de cette commission on note une très large majorité de chefs et de hauts responsables de très grosses
entreprises (Renaut, Nestlé, Accor, Axa, Areva...), de membres d'organismes nationaux et supra-nationaux (Deutch Bank, Banque mondiale...) et d'économistes dont l'adhésion au
néo-libéralisme ne fait plus aucun doute. Que fait-il au milieu de tous ce beau monde issu (à de rares exceptions près) des sphères du pouvoir politique/financier? D'ailleurs quelle
imposture que ces grandes propositions, où est le nouveau dans toutes ces propositions? Propositions issues de qui? des gens qui sont déjà des acteurs majeurs de notre société,
ces gens la modèlent déjà selon leurs aspirations, le monde dans lequel nous vivons est en partie leur oeuvre! Tout ce qui en ressort c'est: faisons comme avant mais avec plus
de convictions et de moyens.
Donc je me pose la question de ce que pouvait bien avoir en tête Boris Cyrulnik lorsqu'il s'est joint à la commission. A t-il réalisé dans quoi il mettait les pieds? A la lecture d'une
interview publiée sur le site psychologies.com dans lequel il
revient sur son rôle au sein de cette commission je dirai que non. Et c'est bien là l'excuse la plus positive que je pourai lui trouver, les autres explications auraient
plus à voir avec la révélation d'un certain cynisme ou une certaine malhonnêté intellectuelle de sa part. Je préfère donc m'engager sur l'hypothèse qu'il n'a tout simplement rien compris au
film.
Voyons un peu ce qu'il nous dit dans au début de cet interview:
"Quelle a été votre réaction lorsque l’on vous a proposé, il y a quelques mois, de participer à la commission Attali ?
J'ai été étonné. Puis finalement rassuré de voir que tous les économistes
soulignaient l’importance des mentalités dans l’économique et la croissance et que les sciences humaines y prenaient une part de plus en plus importante. C’est à ce titre que Jacques Attali m’a
demandé de participer à cette commission.
Et effectivement, pendant toutes les réunions que nous avons eues, la notion de mentalité collective, même si elle peut être discutable, a souvent été abordée, travaillée. Et l’on voit bien que
les pays qui ont pris des décisions en tenant compte des facteurs psychiques ont obtenu des résultats sur le plan économique."
Il est donc la caution scientifique du point de vu "psychique" de cette commission, ce qui n'est pas forcément un mal mais
parmi les 42 membres notons qu'il est le seul pour assumer ce rôle. Je suis également frappé par le manque de lucidité profond de sa remarque à propos son étonnement quant à l'interêt des
participants pour les facteurs psychiques et l'apport des sciences humaines. N'a t-il jamais remarqué que toutes les idéologies se servent de ces deux socles pour s'imposer? N'importe quel
dictateur débutant sait ça. Les sciences humaines sont à double tranchant, à la fois importantes pour la compréhension des sociétés humaines et à la fois constament récupérées et orientées à
des fins idéologiques. L'introduction des sciences humaines dans cette commission ne pouvait être qu'au service de la logique libérale étant donné que la majorités des membres sont des acteurs
de cette idéologie et qu'aucun penseur n'en faisait parti: il est important de noter qu'aucun philosophe ou grand penseur n'est présent.
Dès lors le doute n'est plus permis, ceci n'est pas une commission qui réfléchi sur le où va t-on mais bel et bien sur le comment. La direction est déjà
donnée: vers plus de libéralisme, ils ont mis" croissance" dans l'intitulé mais étant donné le pannel d'experts il ne peut être question d'un autre type de croissance que celle-ci. D'où ma
question, Mr Cyrulnik avait t-il réalisé tout cela? Ou bien avait-il plus en tête de démontrer à tous ces gens que ses travaux étaient solides et valables et
pouvaient aboutir à des résultats concrets. N'a t-il pas trop vite pensé que c'etait là un moyen de donner une application à ses recherches?
Une bonne partie de ce qui suit dans l'interview peut être très juste dans un contexte éloigné de toute récupération grossière mais c'est là que le bas blesse, il s'agit bien ici dans le cadre
de cette commission, d'une récupération de ses théorie à des fins idéologiques précises: la croissance économique.
"Notre mentalité serait donc l’un des freins à notre croissance ?
Ah oui, clairement ! Nous partons battus dans tous les domaines et nous ne prenons pas les décisions qui permettent de relancer le psychisme des individus, la dynamique des groupes et donc les
effets sur la croissance. Je ne connais rien en fiscalité ou en économie, mais j’ai quelques idées en sciences humaines.
Si l’on change d’attitude, si l’on d’adopte certaines méthodes, en, matière d’éducation notamment, nous allons améliorer les individus, les groupes et cela aura un effet sur la croissance. Ce
sont des réformes peu coûteuses qui peuvent avoir un impact en peu de temps ."
Ce passage aussi me parait très révélateur du fait qu'il ne sait pas de quoi il parle (du moins je préfère penser qu'il ne sait pas de quoi il
parle...). S'est-il posé la question de ce qu'est la croissance. Il parle de l'amélioration des groupes et des individus mais a t-il bien réfléchi à ce que veulent dire ces termes dans une
logique de croissance économique dans un contexte néo-libéral? Comment peut-il rabaisser, dans la bonne humeur qui le caratérise, ses travaux à de simples outils au service de la croissance
telle que l'entendent les PDG, DRH et autres grands représentants d'institutions économiques internationnales qui forment la base des membres de cette commission.
Je ne peux m'empecher de penser à cette phrase de F.Herbert "La société a plus besoin de généralistes que de spécialistes". Je ne dit pas ça pour rabaisser ou nier l'intérêt des grands
spécialites d'un domaine précis, mais pour souligner leurs limites.
k
Par Thra
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Publié dans : Société
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