Sainte valeur travail

Publié le par Thra

Quelques extraits de cours donnés par Marin Heidegger en 1934 (tirés de "La logique comme question en quête de la pleine essence du langage"), en cette période où l'on parle beaucoup de la valeur travail, voilà je pense, quelque chose qui remet les pendules à l'heure:

 

«Il y a [...] un deuxième sens que prend la détermination, du fait que nous assumons cette vocation qu'est la détermination de telle sorte que nous avons à l'accomplir. Être-déterminé veut dire en ce sens que notre comportement tout entier et notre maintient reçoivent leur empreinte et leur ordonnancement, à partir de ce qui est pour nous mission et charge. Réaliser notre vocation, la mettre en oeuvre et l'amener à l'oeuvre à chaque fois dans la sphère définie de ce qu'il y a à faire -- cela s'appelle travailler.
Le travail n'est pas une occupation quelconque dont nous nous acquittons par calcul, à cause d'une situation de besoin, pour passer le temps ou par ennui; le travail, c'est ici la vocation devenue détermination résolue de notre essence à sa vocation, c'est l'empreinte et l'armature que donne l'accomplissement de notre mission et la réalisation de ce dont nous avons la charge, chaque fois dans l'instant historial. [...]

Il est clair que l'animal et la plante ne travaillent pas, non parce qu'ils sont insouciants, mais parce qu'ils sont hors de la possibilité de travailler. Même le cheval qui tire la charrue ne travaille pas; il est simplement attelé à un évènement de travail de l'homme. La machine non plus ne travaille pas. Dire qu'elle travaille est une fausse interprétation à laquelle nous a habitué le XIXe siècle.
Cette interprétation erronée va si loin que la physique a adopté le concept de "travail" pour en faire un concept scientifique. Parce qu'on attribué une capacité de travail à la machine, l'homme en tant que travailleur a pu ensuite être rabaissé au niveau de la machine -- conception qui est au plus intime d'elle même inséparable d'une position par rapport à l'histoire et au temps qui les prend dans le sens de l'inessentiel qui défigure l'essence de l'être historial.
»

 

En fait j'aurai voulu simplement citer «Parce qu'on a attribué une capacité de travail à la machine, l'homme en tant que travailleur a pu ensuite être rabaissé au niveau de la machine» mais j'ai pensé que quelques éclaircissements sur la conception qu'a Heidegger du travail rendrait encore plus parlante la citation (qui avait déjà, même prise hors contexte, de la force). J'ai fait en sorte de retirer ce qui ne pouvait être compris sans avoir lu tout ce qui précède et qui aurait rendu un peu indigeste le tout.

 

Moi aussi j'attends que l'on remette la France (voir le monde?) au travail, mais ce n'est pas du même "travail" que nos défenseurs cyniques et/ou ignorants de la valeur travail parlent à mon avis. En fait je dirai plutôt que remettre au travail, il est plutôt question de laisser les gens accomplir leur travail.

Publié dans Réflexion

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Trazom 22/02/2008 19:00

En fait, je ne sais pas trop quoi en penser... J'y réfléchi...

Thra 22/02/2008 19:45

Il manque un élément pour avoir la clé entière de ce qui est dit ici, pour Hiedegger l'homme est par essence  "historial", que l'existence, l'être est lié au temps et par extension à l'histoire. Mais c'était difficile de caser tout ça ici, et là je n'ai donné qu'une vague idée. Mon interprétation c'est qu'on présente du travail là où il n'y en a pas, on veut mettre une partie de la population dans le cas décrit du cheval de trait, qui tire sa charue mais qui finalement n'est qu'attelé au travail d'une autre frange de la société. Ce n'est pas du travail parce qu'il dénie l'essence de l'homme, l'empêche de prendre sa dimension temporelle et historiale. En étant que simple ingrédient dans le travail d'un autre se réaliser en tant qu'homme singulier devient impossible.Pour en revenir aux discours actuels et faire honneur au titre du blog, le travail ce n'est pas se lever tôt, suer dans une tâche, rentrer tard et ramasser les miettes qu'on veut bien nous jeter, c'est bon pour les animaux de la ferme ça. Proposer le travail comme ressource alimentaire c'est vouloir renvoyer ceux à qui ont le destine à un stade inférieur. On nous fait croire qu'on participe à leurs projets mais en réalité on sert juste de marche pied. On est pas des chiens, nous aussi on a quelque chose à réaliser, une place à prendre et pas seulement en tant qu'outil pour que vous vous fassiez votre propre place.