Inspection sanitaire du savoir

Publié le par Thra

Quelques mises en garde que Platon prête à Socrate à propos du savoir issues des sciences du logos (discours,/raison donc biensûr la philosophie mais aussi ce qu'on appelle maintenant les sciences humaines), qu'il désignait comme nourriture de l'âme par opposition aux aliments qui sont la nourriture du corps:

 

"Lorsque l'on se les procure, on ne devrait pas être moins méfiant si l'on veut se faire vendre de la mauvaise marchandise. Le risque est même beaucoup plus grand lorsqu'il s'agit d'acheter du savoir que lorsqu'il s'agit d'aliments. Car les aliments et les boissons quand on les achète chez le détaillant, on peut les emporter chez soi dans des récipients spéciaux et, avant de se les incorporer en les buvant et en les mangeant, il est possible de les laisser chez soi et de consulter l'expert que l'on aura appeler pour savoir ce qu'il y a lieu, ou non, de manger ou de boire, en quelle quantité et à quel moment. Lorsqu'on les achète le risque n'est donc pas très grand. Le savoir, quant à lui, ne peut s'emporter dans un récipient à part; il est, au contraire, inévitable une fois qu'il a été acheté, de le recevoir directement dans l'âme elle-même et de s'en aller instruit par lui --- que ce soit pour notre malheur ou pour notre bien."

 
La question n'est pas d'avoir peur d'entrer en contact avec un "mauvais" savoir, ce qui sera inévitable du fait de cette incorporation immédiate et de la possibilité d'un mauvais choix de notre part, mais de reconnaître nos influences et de prendre ces connaissances pour ce qu'elles sont: des discours à discuter. Le discours s'insinue en nous et nous façonne, se questionner sur son savoir se fait toujours à posteriori après l'avoir incorporé, l'important est de ne pas sauter cette étape (autant que de choisir sa source).

Donc voilà avant de venir répéter ici comme un brave mouton tout ce que je lis pour faire le malin... il faudra que je progresse encore.

 

Publié dans Réflexion

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Atma 29/02/2008 16:27

Intéressante citation sur l'esprit analytique et critique. Mais Platon semble présenter la connaissance comme "brut", comme si nous avions un accès immédiat au savoir dès lors qu'on entre en contact avec. "Le filtre critique" ne s'appliquant qu'une fois la connaissance acquise. Je suis perplexe sur cette idée, dans la mesure où nous ne sommes jamais "vierges" devant une pensée, nous filtrons dès lors que nous y sommes confrontés, par le biais de notre "habitus" selon le concept de Bourdieu par exemple. Enfin c'est un ressenti immédiat en lisant ce texte, je vais y réfléchir.

Thra 29/02/2008 17:00

Mais cette partie non vierge, notre "habitus", n'est-il pas lui même un savoir issu de la tradition qui nous fait justement filtrer d'une manière particulière ce que nous percevons? Il ne me semble pas que le texte dise que nous reçevons le savoir de manière indentique et brute. Nous reçevons un savoir et l'examinons à travers un savoir que nous avons incorporé au préalable. Le filtre lui aussi a été "acheté" pour reprendre l'image de la citation, pas en une fois, et de manière moins perceptible, ce qui ne le dispense pas d'etre lui aussi discuté car comme tout discours il a façonné notre rapport au monde et que chaque nouvelle aquisition modifie ce filtre.