Soi-même comme un autre

Publié le par Thra

J'emprunte le titre d'un livre de Paul Ricoeur pour répondre au commentaire de Stéphane à propos de l'article précédent. J'ai trouvé que son commentaire était un bon sujet de réflexion et je lui consacre donc un nouvel article.

Voici donc ma  réponse:

Chacun a son histoire et ce que dit ou pense une personne n'est pas la personne en elle même à mon avis. Le fameux cogito de Descartes est réducteur, le point de départ de toute chose ce n'est pas le "je", le "je" est entre autres le produit d'une histoire, d'une tradition et d'interactions avec les autres et avec le milieu. Et il est toujours en évolution (enfin il vaut mieux ^^). L'étant de quelqu'un (son comportement, ce qui est observable) n'est pas son "lui-même", mettre à jour son "soi-même" est un accouchement de longue haleine, il est même à envisager qu'il soit impossible étant donné sa nature évolutive.

Donc une bonne part de notre construction se fait par notre rapport au monde, attention je ne nie pas la personnalité singulière, je ne dis pas que 2 enfants en bas age lâchés dans le même milieu avec la même éducation seront identiques (bien que même dans un tel cas comment juger si ils ont bien subit des influences identiques?) mais notre psychisme se construit de l'extérieur, dans le sens où il y a peut être une organisation interne préalable mais que celle-ci a besoin de l'extérieur pour fonctionner et se développer.

Bon revenons aux gens que tu croises dans le train/bus/métro et qui semblent plutôt terre à terre, à partir de ma conception de la chose (qui est donc influencée par mon éducation, mes lectures, la tradition, la culture de notre société, et aussi peut être par une structure biologique propre préalable) ils sont aussi le fruit, comme nous, d'une certaine histoire et sous l'influence du milieu. Quand on parle d'esprits formatés ce n'est pas une simple métaphore, nous le sommes tous, seulement selon les influences qui ont affecté notre psychisme nous sommes plus ou moins résistants à certains types de messages ou de manipulations, nous arrivons plus ou moins à élargir nos horizons. La société a un grand rôle à jouer dans cette question, ses choix (donc ce qui dégage de l'ensemble de sa population) déterminent le milieu et donc une part des comportements de sa population.

Des années de conditionnement ne se défont pas en quelques minutes, parce que celui-ci est un morceau du "je". En un sens on ne se déconditionne pas mais on se reconditionne, on se conditionne à l'ouverture. L'opposition classique élite*/masse a fait beaucoup de tort à mon avis, parce que les deux font parti d'un même ensemble au destin lié. Donc si l'on trouve que le niveau général de notre société est faible c'est que son fonctionnement l'encourage, peut être que les intellectuels font fausse route, mais peut être aussi (et c'est une hypothèse plus probable à on avis) que le pouvoir trop occupé par ses intérêts n'accorde d'espace qu'aux idées allant dans leurs sens.

Je tiens à préciser que je ne dilue pas l'individualité dans le groupe, j'envisage la question sous l'angle de l'influence de l'autre sur soi. Et peut-être que "ces gens" sont plus heureux que nous qui nous faisons des noeuds dans la tête... d'ailleurs "ces gens" ont surement individuellement, individuel mais issu d'une histoire avec les autres, quelque chose à transmettre.

*(D'autant plus que de nos jours un certain glissement de terrain s'est effectué, l'élite qui autrefois désignait surtout les intellectuels, couvre maintenant à la fois les sphères de pouvoir et les sphères intellectuelles et culturelles, or pouvoir ne rime pas toujours avec culture...)

Publié dans Réflexion

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Stéphane 05/03/2008 04:59

A Atma,
Je serais assez d'accord avec Thra. Une démarche de déconstruction / reconstruction (ou déconditionnement / recondictionnement) est en général le résultat d'une addition de causes. Quant à savoir pourquoi certains font ladite démarche et d'autres pas, je pense qu'à l'origine, il doit y avoir un manque, quel qu'il soit.

Atma 03/03/2008 21:15

Merci pour cet intéressant article Thra. Je dirais aussi qu'on est toujours le "boeuf" (voire beauf) d"un autre. ^^ Il y a aussi une réflexion que je nourris depuis longtemps et que j'en profite pour soumettre ici si tu es ok, Thra. Tout simplement, pourquoi certains entament un travail de critique, de connaissance/ construction/déconstruction d'eux-même et d'autres pas? D'ailleurs n'est ce pas un préjugé que de penser cela ? Est-ce pour vous une démarche conditionnée uniquement par la culture ?

Thra 03/03/2008 22:13

Peut être parce qu'a un moment on prend conscience d'un manque ou d'une contradiction profonde. Quant aux causes de cette prise de conscience... la question reste ouverte. Je ne pense pas forcément à une origine unifactorielle, mais plutôt une combinaison de culture, d'éducation, d'accidents de la vie, des rencontres etc.

loup blanc 03/03/2008 20:56

Bonjour Thra
En premier , merci pour le lien....je fais pareil de ce pas.
En second , merci pour cet article que je mets en parrallèle à mes lectures sur le symbolisme du miroir...
A tchao loup blanc

Stéphane 03/03/2008 19:43

Bonjour Thra,
Je te remercie pour cette réponse-article d'une belle portée philosophique :-)