Mardi 11 mars 2008
J'ai récemment lu le livre La logique comme question en quête de la pleine essence du langage, de Martin Heidegger (ed Gallimard) et voulant avoir quelques avis éclairés à son sujet j'ai fait quelques recherches sur le net et je suis tombé sur un blog qui en citait un passage.

En fait le blog en question avait une thématique particulière: démontrer que la philosophie de Heidegger était à la base du nazisme (il y'en a qui n'ont rien d'autre à faire dans la vie). Si l'adhésion temporaire du philosophe au parti Nazi en 1933 ne fait plus aucun doute, affirmer que toute sa philosophie est d'inspiration nazie et même carrément inspiratrice du nazisme est une toute autre chose. Etant donné le nombre de philosophes de renom du XXe siècle qui reconnaissent l'apport majeur d'Heidegger à la philosophie (surtout son oeuvre majeure Être et Temps) une telle affirmation est particulièrement osée, si elle s'avèrait on pourrait considérer qu'une bonne partie de la réflexion philosophique de la seconde partie du XXe siècle repose sur des inspirations nazies... Je remarque quand même que ces théories sur le caractère nazi intrinsèque de la pensée d'Heidegger émanent de "philosophes" inconnus dont les écrits n'ont propablement jamais percé au delà de leurs cercles d'amis et vont à l'encontre des propos tenus par des grands noms du XXe siècle tels (presque au hasard... Emmanuel Levinas, Hannah Arendt, Gadamer etc.). Si des philosophes du calibre d'Emmanuel Levinas qui ont subit les horreurs du Nazisme (rappelons qu'il est juif et qu'il a été interné durant la guerre) n'ont pas trouvé de rapport évident entre les écrits philosophiques de Heidegger et l'idéologie nazie (il n'a pas pardonné son adhésion au nazisme mais se refuse de considérer l'oeuvre de Heidegger comme Nazie) comment ces pseudos philosophes peuvent-ils prétendre le contraire? On touche là à mon avis à une certaine arrogance assez démente.

Bref le but de cet article n'est pas de relancer le débat sur Heidegger mais je voulais poser le contexte. J'ai donc posté un commentaire sur le fameux blog en réponse à la citation:

“Heidegger : “C’est pourquoi avoir le coeur joyeux au travail est si important. Ce n’est pas là une disposition affective qui ne fait qu’accompagner notre travail, ce n’est pas un supplément au travail; mais la joie comme disposition affective fondamentale est le fondement d’un vrai travail, dont l’accomplissement seul rend l’homme apte à être-le-là”. (La logique comme question en quête de la pleine essence du langage, page 183).”

Cette citation était accompagnée d'une photo sur laquelle figurait des Allemands en uniforme avec le sourire au lèvres. Trouvant le procédé un peu facile (et foireux pour être honnête) j'ecris ce commentaire:

Je ne vois pas en quoi cette citation est accablante à moins d’y introduire un sens par avance de manière plus ou moins consciente. Peut-être est-ce là une référence de votre part au fameux “Arbeit macht frei” mais cela relève bien plus d’un procès d’intention que d’une réelle démarche rigoureuse, et l’accompagner de cette photographie est un procédé tout à fait facile. Dans le texte “La logique comme question en quête de la pleine essence du langage” on y trouve du Nazisme que si l’on veut à tout prix en trouver. Personnellement j’y ai surtout trouvé, pour ce qui concerne la politique, un démontage en règle du libéralisme sauvage.

Ce a quoi on me répond:

Je n’aurais pas cédé à cettte “facilité”, comme vous dites, si je n’avais pas eu d’autres arguments. Dans le livre Heidegger fustige la mollesse du rectorat SA; légitime la “voix du sang”; en appelle à la “décision ultime”. Le cours de Heidegger est ultra-hitlérien. Vous y avez vu “un démontage en règle du libéralisme sauvage”. La belle affaire! Dans le discours  nazi un tel démontage a une surtout une signification antisémite.

De toutes façons l’exaltation de la joie au travail est au minimum fasciste. Chez Heidegger cela s’associe à l’antisémitisme nazi.

Bon comme prévu la réponse peut être considérée comme soit malhonnête au possible soit traduisant une compréhension totalement détournée du texte. "La voix su sang" n'est pas du tout dans un contexte de race et d'appel à la guerre quant à "la décision ultime" elle n'a biensur rien à voir avec la solution finale (au passge ce texte date de1935 et la solution finale n'est evoquée qu'en... 1942, un léger décallage quand même). Quant à la critique du libéralisme, il ne me semble pas que ce soit l'unique apanage des nazis et des antisémites...

Bêtement je décide répondre ceci bien que totalement conscient d'avoir affaire à un esprit buté étant donné l'apperçu de la "profondeur" de la réflexion du monsieur:

Evidemment si vous rajoutez "juif" à la fin de chaque phrase et que vous remplacez "Homme" par "Allemand" à des endroits judicieusement choisis on abouti à un texte nazi... Mais c'est vous qui le faites. Vous ne dégagez pas du texte un propos qui serait nazi, mais vous en adoptez une lecture nazie ce qui est très différent.

Suite à ce message je reçois un mail du rédacteur du blog:

"J'arrête ici de pubier vos propos.
Ils sont inadmissibles et me forceraient à répéter des argumentations déjà présentes sur le blog."

En retournant sur le blog je constate que mon second message a été supprimé (c'est pourquoi mon auto-citation n'est pas forcément tout à fait exacte au mot près).

Voilà je suppose que mes propos sont révisionnistes ou pires sont l'apologie du Nazisme, ce qui a motivé leur supression. Je ne peux que louer les méthodes de tels pourfendeurs du Nazisme (70 ans apres quand même faut-ille préciser...), "j'ai raison et si tu n'es pas d'accord ferme ta gueule" est surement le meilleur moyen de se faire une idée pertiente de ce que cette page sombre de notre histoire a été.

Vous êtes donc prévenus, tout ce qui figure sur mon blog est hautement antisémite, révisioniste voir franchement nazifiant.

PS: je n'ai pas mis de lien vers le fameux blog, je n'ai pas envie de lui faire de la pub.

Par Thra - Publié dans : Nombrilisme
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Commentaires

"De toutes façons l’exaltation de la joie au travail est au minimum fasciste". Ah ben m... alors, moi qui suis content (en général) d'aller travailler, je serais donc un rejeton de la Bête Immonde ? Ou bien ce gars n'aime pas Heidegger, ou bien il n'aime pas son boulot. Merci Thra de ne PAS avoir mis l'adresse de son site :-)
Commentaire n°1 posté par Stéphane le 12/03/2008 à 04h52
Beaucoup se sont cassés les neurones à essayer de discuter ou d'argumenter avec Skildy (car c'est de lui qu'il s'agit, non ?). Riri.
Commentaire n°2 posté par Ritoyenne le 12/03/2008 à 05h56
Effectivement.
Réponse de Thra le 12/03/2008 à 12h41
ah-ha, je me disais aussi, que ça sentait le relent de nazisme à pleines pages par ici... bon, je ne connais pas bien Heidegger à par son nom, ni beaucoup d'ailleurs les philosophes XIXe et XXe (j'avoue être plus attiré et inspiré par la version Antique et socratique du philosophe et de la philosophie..) Mais, si je m'en tiens à la citation proposée, effectivement, cela aurait des résonnances plutôt chrétiennes ou humanistes que nazies - parler de la joie dans le travail n'impliquant pas forcément que l'on se doit d'afficher une joie forcée quel que soit le travail, mais plutôt qu'il faut penser et concevoir et organiser le travail de telle façon qu'on puisse le pratiquer ainsi, plutôt que de lui soumettre les hommes. Effectivement. D'où, oui, plutôt une critique du capitalisme comme principe au lieu de simple outil, ou du totalitarisme nazi (parceque la joie dans le travail forcé, bof, pas l'air jouasses les Juifs sur les photos.) Pour les fondements intellectuels du nazisme, je verrai plutôt les pensées qui prônent le triomphe de la force sur les "tares", l'évolution à marche forcée vers "l'humanité nouvelle", ce genre de choses. Je ne sais pas ce qu'en dit Heidegger ? ça m'évoque plutôt le peu que j'ai entendu de Nietzsche, non ? (qui, je crois, condamne les systèmes favorisant, d'après lui, les "faibles", contre les "forts", non ?) Ainsi que les théories de médecins et de juristes comme Binding et Hoche par exemple. (les vies qui ne valent pas la peine d'être vécu, les untermenschen, les handicapés = pas pleinement humains, c'est de la compassion envers eux et l'humanité que de les stériliser...ou les éliminer... etc.)
Commentaire n°3 posté par ti'hamo le 12/03/2008 à 10h25
Concernant Nietzsche je ne saurai te répondre précisément n'ayant pas lu grand chose de lui (mais je compte réparer ça un jour), effectivement une lecture rapide de son oeuvre pourait laisser croire à une certaine glorification de la loi du plus fort si on s'attarde sur certains passages mais je pense qu'il faut dépasser ça. Il a surtout été un tremblement de terre, surement nécessaire, dans les certitudes trop bien ancrées de la philosophie Européenne du XIXe siècle. Je vais surement dire une connerie mais il est plus à prendre comme une invitation à la remise en question radicale de nos certitudes et de nos codes moraux qu'à interpreter au pied de la lettre. Il semblerait que la philo ai besoin d'un coup de pied au cul pour ne pas se gripper à chaque siècle, et qu'au XIXe ce soit Nietzche qui ai endossé une grande partie ce rôle. Heureusement qu'il n'a pas vécu le début du XXe siècle sinon ses écrits auraient surement été proscrits par les mêmes personnes qui veulent ranger les textes d'Heidegger à côté de Mein Kampf.

Sinon concernant Heidegger, il y a de noumbreux documents consacrés à ses rapports avec le Nazisme sur le blog de Ritoyenne. Concernant ses textes philosophiques à proprement parler, pour ceux que j'ai lu il n'y a rien de nazi qui s'en dégage sauf si tu as l'intention préalable d'en trouver et que tu t'arranges pour y parvenir (mais dans ce cas tu peux trouver du nazisme partout).

Apres ce que je peux en dire personnellement, c'est qu'il a vraisemblablement eu quelques tendances antisémites dans sa jeunesse cf la lettre de 1916 adressée à sa future femme (il avait alors 25 ans et il parle d' "enjuivement" de la société Allemande) qu'exibent partout ses détracteurs, mais que visiblement il s'est calmé ensuite puisque c'est bien la seule vraie preuve d'ecrit de sa part contenant un propos ouvertement antisémite, et qu'il est admis qu'il a eu de nombreux amis juifs, dont Hanna Arendt avec qui il a eu une liaison amoureuse (et avec qui il a conservé des rapports amicaux apres leur séparation). Son oeuvre principale, Sein und Zeit, paraît pour la première fois en 1927 et personne de serieux n'y a jamais relevé quoi que ce soit relevant de l'antisémitisme ou d'une idéologie sympatisante avec la doctrine nazie. Reste maintenant le fait incontestable qu'en 1933 (l'année de l'arrivée au pouvoir d'Hitler) il prend sa carte du parti national socialiste et qu'il est nommé recteur de l'université de Fribourg, poste dont il démissionnera à peine un an après. Avec Hitler au pouvoir et la domination totale des nazis durant les années 30-40si Heidegger avait réellement été en accord total avec leur idéologie il se serait surement senti à l'aise et aurait pu exprimer ses opinions sans détour, envoyer la sauce sans se cacher quoi... et bien au contraire on ne relève rien de bien significatif dans ses textes et cours de l'époque et c'est bien pour ça que ses détracteurs en sont réduits à produire des interprétations alambiquées pour étayer leurs propos.

Ma conception personnelle (et donc aucunement rigouresement démontrable) de cet engagment en 1933
est qu'il s'agit là de la manifestation d'un certain opportunisme et d'un manque de recul assez flagrant de sa part (cf mon allusion aux spécialistes dans mon article précédent ^^). Opportunisme car Heidegger avait des projets de réforme assez radicaux de l'université Allemande et qu'il a du penser que l'arrivée du parti national socialiste lui donnerait l'espace nécessaire pour les mettre en oeuvre. Ce caractère opportuniste serait confirmé par une lettre plus ou moins calomnieuse adressée à son administration du parti pour évincer un de ses collègues avec qui il était en conflit (que biensur ses détracteurs présentent pour leur part comme une preuve de délation partisane). Je pense qu'il s'est mépris sur le caractère totalitaire le plus... heu... total du nazisme, qu'il a péché par orgueil en pensant utiliser ce mouvement à son compte sans réellement réaliser à temps ce à quoi il avait affaire.

Là dessus je ne lui trouve pas de véritable excuse, il a quand même fait une connerie majeure (il l'a d'ailleur reconnu par la suite), c'est un fait indéniable, l'homme est loin d'être irréprochable mais prétendre que sa philosophie est nazie, qu'il est lui même profondément acquis à la cause du nazisme voir même pour les plus acharnés qu'il est l'une des inspirations majeurs de cette idéologie (limite le maître à penser d'Hitler) relève de raisonnements limite délirants.
Réponse de Thra le 12/03/2008 à 14h38
Je ne rentrerai pas dans le débat d'idées n'étant pas assez informé moi-même. Mais je suis tout à fait d'accord avec toi au niveau de la méthode du bloggeur : censurer des réponses est à l'opposé de tout dialogue, de toute démocratie, qu'il ai raison dans ses propos ou non. J'ai déjà reçu dans l'un de mes blogs des commentaires très très durs qui me semblaient soit hors contexte, soit tout à fait hors du bon sens et j'en suis arrivé à ne plus en trouver le sommeil! J'ai décidé un moment de ne plus autoriser les commentaires afin de me calmer. Ils sont à nouveau ouverts mais j'ai décidé de ne plus répondre aux commentaires trop extrèmes. Mais jamais je n'en effacerai. Bien à toi.
Commentaire n°4 posté par Mdemerteuil le 13/03/2008 à 08h13
De toute(s) façon(s) l’exaltation de la joie au travail est au minimum fasciste : voilà une vérité qu'elle va bien ! Surtout qu'Heidegger faisait référence à l'accomplissement personnel dans le collectif. Nous sommes d'affreux fascistes, nos arguments seraient immédiatement disqualifiés. Y'a des débattants qui ne manquent pas de culot...
Commentaire n°5 posté par comprendre le 15/03/2008 à 13h41
hé hé vous avez fait connaissance avec Skildy - il est buté en effet ! c'est lui qui a principalement motivé nos articles sur paris4philo. il a eu son heure de gloire mais maintenant il est aux abois. merci pour cet article.
Commentaire n°6 posté par jp le 17/03/2008 à 10h48
Je viens de parcourir cette page. Je ne crois pas une seconde que vous soyez antisémite ou nazifiant mais voudrais faire tout de même quelques remarques. J'ai commencé à lire Heidegger il y a une vingtaine d'années. J'ai immédiatement été touché par une certaine poésie de la pensée, malgré la lourdeur du style et des passages pour moi très abscons. Mais d'autre part j'ai aussi été choqué par l'ultra-essentialisme de celui qui prétendait "dépasser" la métaphysique (toutes ces phrases commençant par "L'Être est", ou parlant très positivement de "l'essence de"). De plus, la poésie de cette pensée me semblait verser dans une pacotille du mystérieux de très mauvais aloi, à la manière, pêle-mêle: de certains théologiens, critiques d'art et psychanalystes. De pacotille car voulant gagner sur tous les tableaux à la fois en tenant un discours du style: "le réel est mystérieux; seule une initiation tout aussi mystérieuse en permet l'expérience et la connaissance; vous, ou les autres écoles, n'y ont justement pas accès; mais moi je l'ai atteint, ce réel, et y lis à livre ouvert; malheureusement il est indicible, incommunicable et invérifiable; je peux néanmoins en tirer un savoir très précis, déterminé et concret pour des décisions et des actions qui ne le seront pas moins". Puis je fus choqué par l'essentialisation de la langue allemande, les autres langues étant chez lui proprement incapables de penser. Exception: la langue grecque bien sûr, mais toujours celle de l'antiquité, jamais la moderne, dans les références tout du moins. Dès sa sortie, j'ai lu le livre d'Emmanuel Faye, "Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie". Sa démontration me semble rigoureuse. Il apporte de nombreux éléments confortant la thèse d'un nazisme de longue durée chez Heidegger et essentiel à sa philosophie. Ce qui me semble indéfendable dans ses conclusions, c'est le désir de vouloir faire disparaître Heidegger de l'enseignement de la philosophie au motif de son nazisme: c'est peut-être malheureux mais oui, on peut être à la fois nazi et un grand philosophe, comme Céline fut un grand écrivain malgré son pétainisme. Reste que notre philosophe se réfère constamment et de manière incontestablement essentialiste aux notions de terre, de sol, de sang, de patrie, de race, de région même, de langue aussi, de peuple et de communauté du peuple (allemand). Je viens de finir le livre de Victor Farias, "Heidegger et le nazisme". Il y apparaît nettement et de manière tout aussi convaincante le même caractère de longue durée dans l'engagement nazi de Heidegger (jusqu'à la fin et de manière plus ou moins voilée selon les moments). Heidegger faisait partie des milieux les plus réactionnaires, intégristes, nationalistes et racistes de sa jeunesse. Si en 1934, il démissionna du rectorat, ce fut par radicalisme nazi: en cela il était plus proche des SA de Röhm que du "pragmatisme" d'un Rudolf Hess ou d'un Rosenberg. Pour finir, une citation de Heidegger, entre mille, tirée du livre de Faye (p.490), prononcée le 2 décembre 1949 lors de l'une des quatre "Conférences de Brême", "Le Dis-positif", et désormais publiée dans la Gesamtausgabe: "L'agriculture est aujourd'hui une industrie d'alimentation motorisée, dans son essence la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d'anéantissement".
Commentaire n°7 posté par Régis Gamet le 29/07/2008 à 15h27
Cette dernière citation est très proche de ce qu'a pu dire Hanna Arendt, qui elle aussi a utilisé cette expression de "fabrication de cadavres" à propos des camps de la mort. Heidegger n'est pas pour moi un exemple à suivre, je n'attend nulle vérité de sa part, il est un appui, une forte stimulation de la pensée.
Réponse de Thra le 17/11/2008 à 03h28
Je ne crois pas que cette citation soit proche de ce qu'a pu dire Hannah Arendt. J'aimerais avec plaisir avoir des références plus précises en rapport. Dans tous les cas, Heidegger parle comme ancien nazi qui ne s'est jamais clairement rétracté : dans sa bouche, la phrase relève du négationnisme. En revanche, oui, les abattages industriels font penser aux camps de la mort : Jacques Derrida, Elisabeth de Fontenay et sans doute beaucoup d'autres ont fait le parallèle — ce qui est très différent de l'identification. "La même chose", dit Heidegger. Non, ne serait-ce que parce que l'abattage d'animaux se fait en vue de fournir de la nourriture, ce qui est à mille lieues de l'irrationalité absurde des nazis. Et l'on ne peut même pas dire que les nazis s'adonnaient dans les camps d'extermination à une quelconque "fabrication de cadavre", mais bien plutôt qu'ils se vouèrent à la pure destruction d'êtres humains après leur totale déshumanisation, ou la plus complète qui jamais fût. Autre perle de Martin Heidegger, toujours dans les "Conférences de Brême": "Des centaines de milliers [des millions plutôt, croyais-je savoir !] meurent en masse. Meurent-ils ? ils périssent. Ils sont tués. Meurent-ils ? [??? Je croyais que c'était clair !] Ils deviennent les pièces de réserve d'un stock de fabrication de cadavre [!!??!?!?]." Et rien dans toute son œuvre de similaire à ce passage, hélas prémonitoire, d'un autre philosophe, Friedrich Nietzsche, souvent amalgamé au nazisme, malgré de nombreux textes aussi clairs que celui-ci, tiré de Humain trop Humain, § 475 : "Tout le problème des Juifs n’existe que dans les limites des États nationaux, en ce sens que là leur activité et leur intelligence supérieure, le capital d’esprit et de volonté qu’ils ont longuement amassé de génération en génération à l’école du malheur, doit arriver à prédominer généralement dans une mesure qui éveille l’envie et la haine, si bien que dans presque toutes les nations d’à présent — et cela d’autant plus qu’elles se donnent plus des airs de nationalisme —se propage cette impertinence de la presse qui consiste à mener les Juifs à l’abattoir comme les boucs émissaires de tous les maux possibles publics et privés." Pour en revenir à notre sujet, et pardon d'insister encore une fois : j'aimerais toujours mieux avoir été boucher à la Villette que kapo à Auschwitz !
Commentaire n°8 posté par Régis Gamet le 17/11/2008 à 17h48
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