Blup blup blip blip

Publié le par Thra

Je me tâtais entre un petit coup de bâton sur la démocratie à la Française ou bien quelque chose sur le chiptune, finalement c'est le chiptune qui l'a emporté. C'est toujours amusant de titiller les tabous, comme s'amuser à taper sur la démocratie et tout ce qu'elle est sensée représenter mais il faut être d'humeur, je l'étais il y a 5 minutes et là je ne le suis plus vraiment. Et si ça manque de mordant ça n'est pas intéressant alors je vais parler musique.


Le chiptune donc, un nom assez peu familier bien que tout le monde ou presque en a déjà entendu au moins une fois. Commençons avec un peu d'étymologie de super marché, Chip ici vient de l'anglais et signifie puce électronique, quant à tune cela se traduit par air/mélodie. Donc les plus malins auront deviné qu'il s'agit de mélodies réalisées à partir de puces électroniques. Ce format musical est née à la toute fin des années 70 et a réellement pris son essor au début des années 80 quand les premiers ordinateurs et premières consoles de jeu firent leur apparition. Ce genre est à différencier de la techno ou de l'électro classique car il ne repose sur aucun sample, pas de morceaux pré-enregistrés puis retravaillés informatiquement, tout le son est directement synthétisé par la puce.


Pour schématiser lorsque l'on fait de la techno on se sert de l'informatique pour triturer et arranger des sons préexistants, avec le chiptune on se sert de l'électronique comme on le ferait d'un instrument de musique. A ses débuts il était difficile de parler d'un genre musical à proprement dit car il s'agissait en fait du seul moyen de produire du son sur un ordinateur du fait des limitations en matière de mémoire et de stockage qui empêchaient l'utilisation d'enregistrements et de samples bien plus lourds en terme de poids de fichier que de simples "partitions" que l'on fait jouer à une puce électronique. Les premiers résultats étaient assez rudimentaires comme on peut se l'imaginer et donc très peu de compositeurs s'étaient penchés sur une méthode aussi limitée, l'utilisation du chiptune se bornait donc à sonoriser des jeux vidéo, jouer de petites mélodies sur des appareils électroniques etc... Et petit à petit ce format fut abandonné à mesure que les appareils informatiques, devenant plus sophistiqués, permirent a lecture directe de samples ou de compositions déjà toutes faites.


Abandonné mais partiellement seulement, car il existe toujours de nos jours quelques communautés de compositeurs/musiciens qui se font un plaisir de jongler avec les limitations et les contraintes des vieilles puces sonores dans le but de les pousser dans leurs derniers retranchements, composer du chiptune est devenu un défi personnel, une épreuve de dextérité. Et souvent, plus la puce est rudimentaire et plus le mérite est grand. Dans le matériel le plus courant de ces compositeurs on trouve généralement: des C64, vieux micro-ordinateur fabriqué par Commodore au début des année 80, des Atari, des Amiga, des NES (nintendo), des Gameboy (sorties plus tard mais avec une puce sonore déjà dépassée pour son époque) et autres pièces de musées de l'informatique. Bien, mais que peut-on faire de beau en utilisant uniquement ça? Bonne question, pour le commun des mortels la première écoute relèvera de la simple torture auditive, pour beaucoup les grincements et les grésillements seront vite insupportables. Oui le chiptune convainc rarement la première fois (et pour un bon nombre de gens ce n'est toujours pas mieux après la 100 ème écoute), difficile d'y plonger naturellement sans y avoir été exposé depuis plusieurs années et pourtant certains s'y vautrent avec bonheur.


Pour apprécier un minimum il faut garder à l'esprit que chaque genre musical ne s'ecoute pas de la même manière ni dans le même contexte. On écoute pas du Mozart pour sauter avec jouissance comme un sauvage tout en remuant la crinière, de même que le trash metal passe un poil moins bien lorsqu'on lit tranquillement un livre. C'est propablement également une question de nostalgie, lorsqu'on a baigné dans l'informatique ou les jeux vidéo très tôt, d'une part l'oreille est bien plus réceptive à ce genre de sonorités et d'autre part l'effet Madeleine Proust est surement présent. Bref il m'arrive fréquement de me lancer avec plaisir une petite playlist chiptune et si vous voulez voir à quoi cela peut ressembler visitez ces pages My space:


http://www.myspace.com/randomizerdotse
http://www.myspace.com/cerr0r (essayez "ella" dans sa playlist, un remake amusant)

http://www.myspace.com/calis902

http://www.myspace.com/funkyfish64

http://www.myspace.com/8bitpeoples

http://www.myspace.com/uskkk


Un petit dernier pour la route pour montrer qu'il est aussi fréquent de le mélanger à d'autres instruements (ici saxo et percussions):
http://www.myspace.com/kplecraft


Bonne écoute, mes salutations aux survivants.

Publié dans Musique

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Atma 08/12/2008 18:48

OuRgHartch... C'est pas tellement facile à écouter mais ça me plait presque bizarrement. J'avoue que je suis étonnée du coté mélodique qu'on peut trouver avec Randomizer qui n'a rien à envier à pas mal de trucs. Mais il faut pouvoir trouver un vrai plaisir dans la contrainte extrême pour faire ce genre de choses, autre débat... Gros truc de geek en tout cas !

Stéphane 05/12/2008 05:02

Fichtre, voilà qui ressemble furieusement à une séquence "nostalgie". En écoutant ça, je me retrouve devant ces énormes consoles de jeux de quelque Luna Park avec Space Invaders, Pac Man ou Donkey Kong... Aaaaah, Donkey Kong... Toum toum toum toum toum dou-toum toum doum... Blip... Blip... :-)

Trazom 01/12/2008 23:31

Ha, oui, effectivement, on peut pas dire que j'adore. Le côté nostalgique-console-8-bits-atari-520-ste, why not, mais bof pour la musique :-)
C'est vrai par contre que ça ne doit pas être évident de composer la-dessus, ça semble assez sommaire comme puces, non ?

Thra 02/12/2008 00:45


Ce n'est pas du Mozart c'est sûr, mais le minimalisme permet de mettre l'accent sur les mélodies. Par exemple je peux me rappeler et siffler un tas de vieilles musiques de jeux, alors que pour les
plus récents c'est plus problématique, surtout avec la tendance à faire de la soupe technoïde sans saveur, qui passe très bien quand on joue mais dont il est impossible de se rappeler à quoi ça
ressemblait une fois la partie terminée. Sinon côté technique, outre la résolution du son qui n'est pas terrible, le SID par exemple, la puce du Commodore 64 qui est une des plus prisées dans le
domaine ne dispose que de 3 voix. Elle ne peut donc produire que 3 notes simultanément ce qui est très limitant, d'où le recours à tout un tas d'astuces, la plus courante étant de faire alterner
très rapidement 2 notes pour simuler un accord. Ca ne rend pas exactement comme un véritable accord, selon les amateurs c'est ce qui fait le charme du genre, d'autant que certains compositeurs
utilisent encore cette technique mais par soucis "esthétique" alors qu'ils ne sont pas limités par le nombre de pistes sonores.