Evolution 1

Publié le par Thra

Tout commence donc ici et j'ai pensé que le plus pertinent était d'ouvrir cette série par une réflexion sur la théorie de l'évolution de Darwin.
Une théorie probablement aussi connue que mal comprise, utilisée, ré-utilisée, déformée et souvent réinterprétée à des fins idéologiques. Pour entrer directement dans le sujet, cette théorie repose sur 2 principes fondamentaux:

- la mutation spontanée et aléatoire des êtres vivants
- la sélection naturelle

Le résumé sera forcément incomplet le but est avant tout de rappeler le mécanisme.

Pour comprendre le phénomène de la mutation il faut avant tout rappeler que tous les êtres vivants partagent un point commun: un code génétique, celui-ci est contenu dans les cellules et se présente sous forme d'ADN dans la majorité des espèces ou sous forme d'ARN chez certains organismes simples comme les virus. Cet ADN est, grossièrement, le plan de construction des individus, il en détermine les caractéristiques. Chez l'homme cet ADN se présente sous la forme de chromosomes, ceux-ci vont par paire, on compte 46 chromosomes donc 23 paires. Chaque chromosome d'une même paire code les même caractéristiques d'un individu. Mais le contenu de chaque chromosome est différent, c'est à dire que l'information contenue sert à déterminer le même trait mais elle peut être différente, c'est la combinaison des deux qui donne le « plan » complet. Chez les êtres sexués lorsque que deux individus se reproduisent leur descendant hérite d'une moitié de code de chacun de ses parents. Par exemple chez l'homme un spermatozoïde contient un demi code qui se combinera avec le demi code de l'ovocyte de la mère. Grossièrement, pour former un spermatozoïde une cellule sépare aléatoirement chaque paire de chromosomes dans une nouvelle cellule (le spermatozoïde) qui ne contiendra que 23 chromosomes. Ce qui fait que ces spermatozoïdes sont tous différents les uns des autres du fait de cette distribution aléatoire des chromosomes des différentes paires. Le système est le même pour les ovules. Pour schématiser, lors de la reproduction il y a donc un double mélange des « cartes »: un lors de la formation des spermatozoïdes et ovules, un lors de la rencontre du spermatozoïde et de l'ovule. Nous avons donc là une première explication des la variation des individus d'une génération à l'autre par un effet de brassage génétique (Je laisse volontairement de coté le mécanisme de crossover qui n'apporte pas grand chose de plus à la compréhension de l'ensemble).

Mais un second mécanisme intervient également et celui-ci joue un rôle majeur dans l'évolution: les mutations. Les mutations sont des altérations du code génétique, des modifications de l'ADN d'un individu qui se produisent de manière imprévisible. Ces modifications surviennent parfois lors des divisions cellulaires lorsqu'une cellule se divise pour en former deux nouvelles. Lors de cette division l'ADN se réplique, il se copie pour figurer dans les deux cellules nouvellement formées, mais il arrive que lors de cette copie des « erreurs » surviennent et qu'une partie du code s'en trouve modifié. La cellule dont le code est modifié est dite mutante. Il existe aussi d'autres causes de mutation, certains agents extérieurs ont des propriétés mutagènes et peuvent donc modifier le contenu de l'ADN, par exemple les rayons ultraviolets, la radioactivité, certains corps chimiques etc... Lorsque qu'il se trouve qu'une cellule mutante est également une cellule de la lignée germinale, c'est à dire une cellule qui sert à produire des gamètes (spermatozoïdes et ovules) la mutation est transmise à la descendance si une fécondation a lieu. Dans un tel cas le nouvel individu pourra présenter un trait physique nouveau, une caractéristique inédite.

Toutes les mutations n'entrainent pas forcément de modifications notamment lorsque celles-ci ne touchent pas l'ADN contenu par les cellules reproductrices car pour que l'impact soit pérenne et transmissible il faut que cet altération de code soit présente dans la cellule d'origine, celle qui engendrera toutes les suivantes qui constitueront le futur organisme. A contrario une cellule de peau mutante par exemple aura un impact invisible car dans son cycle de vie elle n'engendrera que des cellules de peau sur une zone limitée et lorsqu'elle mourra la transmission de son code modifié prendra fin (et si la mutation ne portait pas sur une caractéristique de la peau celle-ci passera totalement inaperçue), ce qui n'est pas le cas de la cellule originelle dont toutes les suivantes comporteront une copie de son ADN. Il existe également des mutations muettes, c'est à dire des mutations qui ne changent finalement rien, des modifications du code génétique n'induisant aucun changement. Je n'entrerai pas plus dans les détails des mutations ce qu'il y a à retenir c'est que les mutations bien qu'à la base du processus d'évolution surgissent de manière imprévue. Des "erreurs" et altérations absolument indispensables à tout changement. Notez bien que l'on se situe très loin des théories, religieuses, du dessein intelligent où les modifications sont planifiées et visent un but particulier. Dans la théorie Darwinienne, celle qui nous intéresse ici, il n'est nul question de but, les mutations peuvent induire des modifications avantageuses, ou au contraire défavorables et bien souvent elles n'ont aucune conséquence. Il faut bien détacher toute idée de volonté d'adaptation, de progrès , de conscience ou d'intention de ce phénomène.

Le deuxième phénomène qui se combine à celui des mutations pour donner à proprement dit l'évolution est la sélection naturelle. Le principe est assez simple à résumer mais c'est aussi celui qui est le plus sujet aux interprétations, dont les plus douteuses. Il pourrait être condensé en une phrase et pourtant il n'est pas si simple à expliquer: ne survive que ce qui fonctionne dans un environnement donné à un moment donné. A ne pas confondre avec la loi du plus fort, une interprétation déformée (probablement par la fascination pour le pouvoir et la domination) du principe de la chaine alimentaire et des rapports de hiérarchie dans un groupe. Le mot de sélection bien qu'il soit difficile de trouver mieux est légèrement trompeur car une fois de plus nulle intention d'élimination ne se cache derrière ce mécanisme fonctionnant de manière totalement automatique. Cette sélection s'opère par l'environnement, une espèce mal adaptée à son environnement finira par s'éteindre soit par mal nutrition (due par exemple à l'incapacité à se procurer de la nourriture en quantité suffisante), soit par une reproduction insuffisante (cycle trop long, pas assez de jeunes par génération, trop de pertes face à la population de prédateurs etc...), les motifs d'extinctions ne manquent pas. Au sein d'une même espèce les individus présentant des caractéristiques avantageuses survivent mieux et donc se reproduisent plus facilement et plus souvent, ce qui mécaniquement entraine une disparition progressive des individus moins favorisés dans le contexte du moment (taux de mortalité plus élevé et reproduction plus limitée). Mais cela ne se passe pas toujours de cette manière, deux populations viables peuvent vivre en parallèle pour finalement former deux nouvelles espèces lorsque les croisements entre celles-ci ne sont plus fécondants. J'insiste bien sur cette notion de contexte sur laquelle je reviendrai car elle est importante. Donc les caractéristiques des individus doivent êtres compatibles avec les conditions du milieu, c'est à dire en réalité toutes les contraintes extérieures (autres êtres vivants inclus). Et par caractéristiques j'inclus évidemment les comportements, et pas simplement des critères physiques ou intellectuels. Le fait de constituer des gardes manger chez l'écureuil est un comportement vital, une condition de survie nullement dépendante de sa force ou de sa robustesse physiologique, de même que chez l'homme sa sociabilité est bien plus à créditer que son intelligence pour ce qui est de la survie la lignée homo lors de ses premiers pas sur terre.

Je reviens sur l'importance du contexte car tout est à mettre dans une perspective non figée, le milieu terrestre évolue en permanence: la tectonique des plaques, les changements climatiques, les évènements d'origine extra-terrestres (les météorites par exemple, non pas les hommes verts). Mais aussi l'action du vivant sur le non vivant, par exemple si la vie animale a pu sortir de l'eau c'est parce que d'autres organismes marins (stromatolites, végétaux) ont rejeté de l'oxygène dans l'atmosphère, et l'action du vivant sur le vivant. Le milieu "sélectionne" certes mais il est lui même en interaction permanente avec ses éléments constitutifs, ce qui veut dire que les espèces vivantes sont elles-même mécanisme de sélection tout en étant simultanément l'objet de cette sélection. Cette mouvance permanente des conditions implique donc une obsolescence potentielle de chaque "amélioration", un trait favorable pouvant se transformer en faiblesse dans un contexte modifié. Par exemple le sang chaud, c'est à dire le fait de pouvoir réguler soit même sa température corporelle est souvent présenté comme un avantage mais ça n'est pas le cas dans les milieux chauds et pauvres en nourriture, la dépense énergétique engendrée par cette régulation est couteuse, un animal qui tire uniquement profit de la chaleur du milieu pour faire fonctionner son organisme nécessite moins de ressources alimentaires pour assurer sa survie. C'est également pour cette raison que la notion de progrès est à manier avec des pincettes lorsqu'il est question d'évolution, les avantages et inconvénients ne sont pas définitifs.

L'homme a trop tendance à regarder penser qu'il est la dernière évolution en date, alors qu'il n'est que la dernière création de sa propre lignée, car chaque espèce vivante est elle aussi la dernière "version" de son chemin d'évolution. Chaque espèce dispose de sa généalogie propre bien qu'elle partage aussi un tronc commun avec les autres espèces de sa branche. Beaucoup savent maintenant que l'homme ne descend pas des singes actuels mais que nous partageons un ancêtre commun, mais il faut aussi réaliser que cet ancêtre est autant le notre que le leur, là où je veux en venir c'est que le singe actuel n'est pas resté sur la branche des primates alors que l'homme s'en serait émancipé. J'imagine que tout le monde a en tête les schémas en forme d'arbre aux branches innombrables symbolisant l'évolution des espèces: le chimpanzé, par exemple, ou plutôt son ancêtre à un moment de l'histoire a bifurqué lui aussi pour former une nouvelle branche suite à la disparition de cet ancêtre commun. Autre élément important, tout comme sur un arbre généalogique plus nous remontons le temps plus nous nous trouvons de parents et cousins, pour finalement arriver sur un nombre d'espèces de plus en plus restreint.

C'est loin d'être complet mais on a là je pense le schéma général, la suite au prochain numéro.

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bonnez 20/06/2011 15:44


"C'est loin d'être complet mais on a là je pense le schéma général, la suite au prochain numéro."
Dommage on reste sur sa faim...