Société

Mardi 18 mars 2008 2 18 03 2008 15:08

Il faut tout moderniser, tout doit être modernisé, on entend que ça ces temps-ci. Tout le monde parle de modernisation mais chacun a son idée sur la question et taxe ses détracteurs de rétrogrades.

Mais qu'est-ce au fond la modernité? Le sens premier de la modernité était de changer les règles de la vie sociale à la lumière de la raison pour la sortir du carcan de la tradition et de la culture en les passant crible de la critique. Depuis bien longtemps en fait chaque génération s'est réclamée de la modernité. La modernité serait donc rabaissée à un synonyme de présent, de l'ancré dans l'actuel par opposition au passé (forcément rétrograde). Bien que la brandissant à tout bout de champ on l'a finalement reléguée au rang de la simple mise à jour et du simple progrès technique.

Où est passée la volonté de changement des règles sociales? On a assimilé la modernisation des institutions à l'adaptation de celles-ci aux contraintes de l'actualité, en fait une vulgaire soumission aux conditions "extérieures" dues à la nouvelle "réalité de notre monde moderne". En quoi notre monde est-il moderne? Il est surtout celui de la science et du libéralisme triomphant (avant l'épuisement total des ressources?), la réalité du monde n'est pas extérieure aux activités humaines mais elle en dépend. La modernisation ne doit donc pas être une adaptation mais un choix vers l'amélioration du fonctionnement de nos sociétés. Elle ne doit pas comme on l'entend trop souvent dans la bouche de nos politiciens plier les institutions aux réalités du marché --réalité taillée sur mesure par et pour une minorité-- mais au contraire déterminer le cadre des activités humaines.

 

En assimilant la modernité au progrès technique et scientifique tout gardant un vague souvenir de sa vocation de transformation de la société celle-ci n'est devenue qu'un vulgaire argument politicien destiné à faire passer toute mesure comme un progrès et par là même, présenter toute voix discordante comme passéiste, poussièreuse et obscurantiste.

Par Thra
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Vendredi 7 mars 2008 5 07 03 2008 13:58
Plus ou moins le père du concept de résilience, le très médiatique Boris Cyrulnik m'intrigue à plus d'un titre. Considéré par certains comme la bible et le messie de la psychiatrie, de la psychologie, de la neurologie  et de l'éthologie réunis je suis à la fois en accord avec nombre de ses théories tout en étant profondément dérangé sans pour autant savoir exactement dire pourquoi.

Parmi ce qui me déconcerte le plus chez lui (mais pour le coup je sais pouquoi ça me dérange) c'est sa participation à la fameuse Commission Attali pour la libération de la croissance française. Comment s'est-il retrouvé là? En regardant de manière attentive la liste descontributeurs de cette commission on note une très large majorité de chefs et de hauts responsables de très grosses entreprises (Renaut, Nestlé, Accor, Axa, Areva...), de membres d'organismes nationaux et supra-nationaux (Deutch Bank, Banque mondiale...) et d'économistes dont l'adhésion au néo-libéralisme  ne fait plus aucun doute. Que fait-il au milieu de tous ce beau monde issu (à de rares exceptions près) des sphères du pouvoir politique/financier?  D'ailleurs quelle imposture que ces grandes propositions, où est le nouveau dans toutes ces propositions? Propositions issues de qui? des gens qui sont déjà des acteurs majeurs de notre société, ces gens la modèlent déjà selon leurs aspirations, le monde dans lequel nous vivons est en partie leur oeuvre!  Tout ce qui en ressort c'est:  faisons comme avant  mais avec plus de  convictions et de moyens.

Donc  je me pose la question de ce que pouvait bien avoir en tête Boris Cyrulnik lorsqu'il s'est joint à la commission. A t-il réalisé dans quoi il mettait les pieds? A la lecture d'une interview publiée sur le site psychologies.com dans lequel il revient sur son rôle au sein de cette commission je dirai que non.  Et c'est bien là l'excuse la plus  positive que je pourai lui trouver, les autres explications auraient  plus à voir avec la révélation d'un certain cynisme ou une certaine malhonnêté intellectuelle de sa part. Je préfère donc m'engager sur l'hypothèse qu'il n'a tout simplement rien compris au film.

Voyons un peu ce qu'il nous dit dans au début de cet interview:

"Quelle a été votre réaction lorsque l’on vous a proposé, il y a quelques mois, de participer à la commission Attali ?
J'ai été étonné. Puis finalement rassuré de voir que tous les économistes soulignaient l’importance des mentalités dans l’économique et la croissance et que les sciences humaines y prenaient une part de plus en plus importante. C’est à ce titre que Jacques Attali m’a demandé de participer à cette commission.

Et effectivement, pendant toutes les réunions que nous avons eues, la notion de mentalité collective, même si elle peut être discutable, a souvent été abordée, travaillée. Et l’on voit bien que les pays qui ont pris des décisions en tenant compte des facteurs psychiques ont obtenu des résultats sur le plan économique."


Il est donc la caution scientifique du point de vu "psychique" de cette commission, ce qui n'est pas forcément un mal mais parmi les 42 membres notons qu'il est le seul pour assumer ce rôle. Je suis également frappé par le manque de lucidité profond de sa remarque à propos son étonnement quant à l'interêt des participants pour les facteurs psychiques et l'apport des sciences humaines. N'a t-il jamais remarqué que toutes les idéologies se servent de ces deux socles pour s'imposer? N'importe quel dictateur débutant sait ça. Les sciences humaines sont à double tranchant, à la fois importantes pour la compréhension des sociétés humaines et à la fois constament récupérées et orientées à des fins idéologiques. L'introduction des sciences humaines dans cette commission ne pouvait être qu'au service de la logique libérale étant donné que la majorités des membres sont des acteurs de cette idéologie et qu'aucun penseur n'en faisait parti: il est important de noter qu'aucun philosophe ou grand penseur n'est présent.

Dès lors le doute n'est plus permis, ceci n'est pas une commission qui réfléchi sur le va t-on mais bel et bien sur le comment. La direction est déjà donnée: vers plus de libéralisme, ils ont mis" croissance" dans l'intitulé mais étant donné le pannel d'experts il ne peut être question d'un autre type de croissance que celle-ci. D'où ma q
uestion, Mr Cyrulnik avait t-il réalisé tout cela? Ou bien avait-il plus en tête de démontrer à tous ces gens que ses travaux étaient solides et valables et pouvaient aboutir à des résultats concrets. N'a t-il pas trop vite pensé que c'etait là un moyen de donner une application à ses recherches?

Une bonne partie de ce qui suit dans l'interview peut être très juste dans un contexte éloigné de toute récupération grossière mais c'est là que le bas blesse, il s'agit bien ici dans le cadre de cette commission, d'une récupération de ses théorie à des fins idéologiques précises: la croissance économique.

"Notre mentalité serait donc l’un des freins à notre croissance ?

Ah oui, clairement ! Nous partons battus dans tous les domaines et nous ne prenons pas les décisions qui permettent de relancer le psychisme des individus, la dynamique des groupes et donc les effets sur la croissance. Je ne connais rien en fiscalité ou en économie, mais j’ai quelques idées en sciences humaines.

Si l’on change d’attitude, si l’on d’adopte certaines méthodes, en, matière d’éducation notamment, nous allons améliorer les individus, les groupes et cela aura un effet sur la croissance. Ce sont des réformes peu coûteuses qui peuvent avoir un impact en peu de temps ."


Ce passage aussi me parait très révélateur du fait qu'il ne sait pas de quoi il parle (du moins je préfère penser qu'il ne sait pas de quoi il parle...). S'est-il posé la question de ce qu'est la croissance. Il parle de l'amélioration des groupes et des individus mais a t-il bien réfléchi à ce que veulent dire ces termes dans une logique de croissance économique dans un contexte néo-libéral? Comment peut-il rabaisser, dans la bonne humeur qui le caratérise, ses travaux à de simples outils au service de la croissance telle que l'entendent les PDG, DRH et autres grands représentants d'institutions économiques internationnales qui forment la base des membres de cette commission.

Je ne peux m'empecher de penser à cette phrase de F.Herbert "La société a plus besoin de généralistes que de spécialistes". Je ne dit pas ça pour rabaisser ou nier l'intérêt des grands spécialites d'un domaine précis, mais pour souligner leurs limites.
k
Par Thra
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Mercredi 27 février 2008 3 27 02 2008 19:55
"Une société prête a sacrifier un peu de liberté contre un peu de sécurité ne mérite ni l'une, ni l'autre, et finit par perdre les deux." - Benjamin Franklin

Maxime connue (ou pas) mais qui illustre bien le débat, ou le manque de débat plutôt, à propos la mesure concernant la rétention de sûreté appliquable aux détenus ayant fini de  purger leur peine. Mesure que notre président compte imposer en s'essuyant les pieds sur l'avis du conseil constitutionnel.

Par Thra
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Lundi 18 février 2008 1 18 02 2008 15:19
J'ai regardé hier l'émission Ripostes sur France 5 dont l'intitulé était "Sarkozy, Dieu et la République", débat finalement assez stérile pour cause d'invités trop radicaux, chaque religion cherchant à tirer la couverture à elle. Leur seul point d'accord étant un sentiment de trop grand radicalisme de la laïcité qui selon eux n'accorde pas assez d'espace à leurs particularités, par devant biensur ils sont tous pour la laïcité mais ils se disent aussi contre les laïcards. Un peu comme quand on se dit pour les droits de l'homme et qu'on traite de droit de l'hommistes ceux qui viennent nous signaler qu'on est en train de se torcher le cul avec la déclaration. Ma vision est que, tant qu'ils tapent sur la laïcité, et qu'elle tient bon, au moins ils se tapent pas dessus entre eux. D'ailleurs leur belle unité oecuménique a volé en éclat quand ils ont abordé le sujet chaud du moment: le parrainage des enfants victimes de la Shoah par des élèves de CM2. Bizarrement le rabbin invité a approuvé la mesure alors que ses collègues musulmans et catholiques (et les invités sensés représenter la voix de la laïcité) étaient plutôt opposés.

Mais ce débat a ravivé chez moi autre chose à propos des religions, notamment les 3 dites du Livre, Christianisme, Islam et Judaïsme. J'ai remis les pieds dans une église il y a quelques mois à l'occasion d'un mariage (ça faisait des années que ça n'était pas arrivé, si on met de côté les visites touristiques) et plus que jamais j'ai été frappé par cet atmosphère de dévotion, de soumission, d'adoration, s'en était presque écoeurant. Une question que j'aimerai poser aux croyants qui suivent les dogmes et les rites de leur foi c'est si ils pensent que leur dieu les aime vraiment. Quel genre de dieu peut demander à ses fidèles de chanter ses louanges de cette manière, de s'abaisser comme ça devant lui. Dieu est grand il nous est infiniment supérieur, très bien, mais qu'est-ce qu'un être si supérieur peut bien en avoir à foutre qu'on lui cire les pompes de manière aussi grossière, si il accorde la moindre importance à ce genre de manifestation alors c'est qu'il ne vaut pas mieux que l'humanité. Si il y est sensible alors on peut se demander si il n'a pas quelques complexes personnels à régler.

Certains répondront que ce n'est pas leur dieu qui l'exige mais que d'eux même ils veulent lui rendre grâce, à ceux là je répondrai que leur dieu si il est infiniment moins futile que nous alors les beaux discours il en a rien à cirer, que la flatterie même sincère ne l'atteint pas que l'action est bien plus révélatrice. Et je ne parle pas de consacrer sa vie à la charité, simple palliatif qui ne remet rien en cause, qui au contraire traduit l'acceptation du système, l'acceptation du rapport d'infériorité et de supériorité entre les franges de la société, de l'humanité. Apprenez à véNefrer comme dirait F.Herbert (cf Destination vide et L'incident Jésus de F.Herbert et Bill Randsom), si c'est lui qui vous a crée c'est pas parce qu'il avait besoin de supporters.

Je n'essaierai de convaincre personne d'abandonner sa foi, je suis trop conscient de la vanité de la démarche. Par contre si vous croyez en une force supérieure alors rappelez-vous qu'une oeuvre pour un créateur a autant d'importance que sa propre existence, tout comme on se sacrifie pour ses enfants et qu'on ne demande pas à un de ses enfants de tuer son frère parce qu'il nous a manqué de respect. Je ne suis pas croyant, on l'avait deviné je pense, je me qualifierai plutôt d'agnostique. Mais ce dont je suis sur c'est que si un Jésus a existé, c'est qu'il était humain pure souche et que les assassins de sa pensée ont fait bien plus de mal que ceux qui l'ont crucifié. Il avait su prévoir sa mort il n'avait pas prévu le christianisme.


Ps: J'aurai encore bien plus à dire sur la religion, mais ça sera pour une autre fois parce que la liste est longue, quand on promet le paradis après la mort c'est qu'on a décidé que la vie devait être un enfer.
Par Thra
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Samedi 16 février 2008 6 16 02 2008 17:56
Un peu facile de taper sur Alain Finkielkraut me direz -vous  mais  comme c'est mon premier article... je m'auto-excuse. Ceci dit le sujet est vaste l'homme est aussi bavard que ses réflexions sont primaires. on peut lui reconnaître quelque chose c'est d'avoir beaucoup lu et si il a beaucoup écrit je dirai qu'il a surtout beaucoup repris (dire recopié ça serait méchant quand même). On reprend tous c'est vrai, seulement le but c'est de construire à partir de ce qu'on a reçu. Et sur ce point là , je trouve que ce titre qu'il a lui même trouvé pour l'un de ses livres lui va à merveille, la défaite de la pensée, défaite qui est celle de sa propre pensée avant tout.

Comme la critique étant facile on va donc se limiter à une petite phrase, pleine d'une clairvoyance qu'on aurait pas cru de lui, si ce n'est qu'il n'en avait pas encore saisi l'étendue et pas prévu à qui elle pouvait s'adresser en fin de compte. Il l'a lâché il y a quelques temps lors d'une interview dans le contexte des émeutes en banlieue de 2005:

[à propos des émeutiers]
"C'est le désir d'éliminer les intermédiaires qui se trouvent entre eux et les objets de leur désir. Et quels sont les objets de leur désir ? C'est simple : l'argent, les marques, et quelques fois, les filles. Et c'est quelque chose pour laquelle notre société porte sûrement la responsabilité. Parce qu'ils veulent tout, immédiatement, et que ce qu'ils veulent n'est que l'idéal de la société de consommation."

Mais dis donc Alain on aurait donc un président tout droit sorti des banlieues?

Par Thra
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