Réflexion

Mardi 18 mars 2008 2 18 03 2008 22:20
Suite à quelques commentaires où l'on avait fait mention de Nietzsche et de sa récupération par des idéologies totalitaires, eugénistes ou racistes je vous propose d'aller jeter une oreille sur ce document audio très éclairant publié sur le blog  Paris4-Philo. Si une approche vivante de la philo vous intéresse je ne saurai trop vous conseiller de farfouiller sur ce blog bien fourni en documents audio et vidéo.
vous bug_fck
Par Thra
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Samedi 15 mars 2008 6 15 03 2008 15:44
Voilà je voulais mettre quelques lignes à propos de ce philosphe finalement assez peu connu en France alors qu'il jouit à l'etranger (enfin surtout en Allemagne évidemment) d'une certaine reconnaissance, cf la brièveté de l'article qui lui est consacré dans le wikipédia français. D'une longévité exceptionnelle, il est mort en 2002 à l'âge de 102 ans, il est le père d'une nouvelle orientation de la philosophie,  à laquelle il confère un tournant herméneutique  ontologique (le questionnement sur l'être). Il radicalise donc l'herméneutique à un statut universel, dépassant donc son application historique directe qui est l'interprétation des textes, pour en faire une philosophie d'interprétation de tout ce qui se rapporte aux questionnements fondamentaux. Le langage occupe une place centrale dans sa pensée et  il est pour lui avant tout un dialogue. Selon lui l'art de la compréhension est un art de l'écoute et pour rendre le dialogue possible il faut laisser ouverte la possibilité que ce soit l'autre qui ait raison.

Il propose donc un nouveau regard sur la (et les) vérités, qu'elles soient issues des sciences humaines ou même des sciences exactes. Celles-ci exposent un savoir reposant sur des démonstrations à partir  d'un déjà-su mais pour toute démonstration la justesse des prémisses doit être établie pour que le raisonnement soit valable. Donc pour Gadamer la philosophique a toujours sa place en amont des sciences tant que ces prémisses tenues pour vraies mais également comme premières et indérivables sur lesquelles elles reposent sont sujettes au questionnement. C'est donc là tout l'objet de sa philosophie hérméneutique, dans laquelle il accorde une grande importance à l'expérience de l'art (toujours dans une herméneutique langagière, donc du dialogue) et y voit un accès possible à ces prémisses, les vérités premières.

Difficile de donner une idée juste de la pensée de Gadamer dans un carde aussi restreint et en tenant compte du fait que je n'ai pas encore terminé de lire son oeuvre principale, Vérité et Méthode, j'èspère ne pas avoir trop dénaturée celle-ci en voulant en parler ici.

Ps: bon il va falloir que je  m'attèle sérieusement à donner une explication du titre de ce blog,  on va finir par dire qu'il n'a rien à voir avec son contenu...
ti_bug_fck
Par Thra
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Dimanche 2 mars 2008 7 02 03 2008 14:48
J'emprunte le titre d'un livre de Paul Ricoeur pour répondre au commentaire de Stéphane à propos de l'article précédent. J'ai trouvé que son commentaire était un bon sujet de réflexion et je lui consacre donc un nouvel article.

Voici donc ma  réponse:

Chacun a son histoire et ce que dit ou pense une personne n'est pas la personne en elle même à mon avis. Le fameux cogito de Descartes est réducteur, le point de départ de toute chose ce n'est pas le "je", le "je" est entre autres le produit d'une histoire, d'une tradition et d'interactions avec les autres et avec le milieu. Et il est toujours en évolution (enfin il vaut mieux ^^). L'étant de quelqu'un (son comportement, ce qui est observable) n'est pas son "lui-même", mettre à jour son "soi-même" est un accouchement de longue haleine, il est même à envisager qu'il soit impossible étant donné sa nature évolutive.

Donc une bonne part de notre construction se fait par notre rapport au monde, attention je ne nie pas la personnalité singulière, je ne dis pas que 2 enfants en bas age lâchés dans le même milieu avec la même éducation seront identiques (bien que même dans un tel cas comment juger si ils ont bien subit des influences identiques?) mais notre psychisme se construit de l'extérieur, dans le sens où il y a peut être une organisation interne préalable mais que celle-ci a besoin de l'extérieur pour fonctionner et se développer.

Bon revenons aux gens que tu croises dans le train/bus/métro et qui semblent plutôt terre à terre, à partir de ma conception de la chose (qui est donc influencée par mon éducation, mes lectures, la tradition, la culture de notre société, et aussi peut être par une structure biologique propre préalable) ils sont aussi le fruit, comme nous, d'une certaine histoire et sous l'influence du milieu. Quand on parle d'esprits formatés ce n'est pas une simple métaphore, nous le sommes tous, seulement selon les influences qui ont affecté notre psychisme nous sommes plus ou moins résistants à certains types de messages ou de manipulations, nous arrivons plus ou moins à élargir nos horizons. La société a un grand rôle à jouer dans cette question, ses choix (donc ce qui dégage de l'ensemble de sa population) déterminent le milieu et donc une part des comportements de sa population.

Des années de conditionnement ne se défont pas en quelques minutes, parce que celui-ci est un morceau du "je". En un sens on ne se déconditionne pas mais on se reconditionne, on se conditionne à l'ouverture. L'opposition classique élite*/masse a fait beaucoup de tort à mon avis, parce que les deux font parti d'un même ensemble au destin lié. Donc si l'on trouve que le niveau général de notre société est faible c'est que son fonctionnement l'encourage, peut être que les intellectuels font fausse route, mais peut être aussi (et c'est une hypothèse plus probable à on avis) que le pouvoir trop occupé par ses intérêts n'accorde d'espace qu'aux idées allant dans leurs sens.

Je tiens à préciser que je ne dilue pas l'individualité dans le groupe, j'envisage la question sous l'angle de l'influence de l'autre sur soi. Et peut-être que "ces gens" sont plus heureux que nous qui nous faisons des noeuds dans la tête... d'ailleurs "ces gens" ont surement individuellement, individuel mais issu d'une histoire avec les autres, quelque chose à transmettre.

*(D'autant plus que de nos jours un certain glissement de terrain s'est effectué, l'élite qui autrefois désignait surtout les intellectuels, couvre maintenant à la fois les sphères de pouvoir et les sphères intellectuelles et culturelles, or pouvoir ne rime pas toujours avec culture...)

Par Thra
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Samedi 1 mars 2008 6 01 03 2008 16:00
"...toute compréhension d'autrui ou de l'alterité comporte une part d'autocritique. Celui qui comprend ne revendique pas une position supérieure, mais reconnaît que sa propre présomption de vérité puisse être mise à l'épreuve."
Hans Georg Gadamer

C'est tellement simple qu'on l'oublie tout le temps.
Par Thra
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Vendredi 29 février 2008 5 29 02 2008 14:00

Quelques mises en garde que Platon prête à Socrate à propos du savoir issues des sciences du logos (discours,/raison donc biensûr la philosophie mais aussi ce qu'on appelle maintenant les sciences humaines), qu'il désignait comme nourriture de l'âme par opposition aux aliments qui sont la nourriture du corps:

 

"Lorsque l'on se les procure, on ne devrait pas être moins méfiant si l'on veut se faire vendre de la mauvaise marchandise. Le risque est même beaucoup plus grand lorsqu'il s'agit d'acheter du savoir que lorsqu'il s'agit d'aliments. Car les aliments et les boissons quand on les achète chez le détaillant, on peut les emporter chez soi dans des récipients spéciaux et, avant de se les incorporer en les buvant et en les mangeant, il est possible de les laisser chez soi et de consulter l'expert que l'on aura appeler pour savoir ce qu'il y a lieu, ou non, de manger ou de boire, en quelle quantité et à quel moment. Lorsqu'on les achète le risque n'est donc pas très grand. Le savoir, quant à lui, ne peut s'emporter dans un récipient à part; il est, au contraire, inévitable une fois qu'il a été acheté, de le recevoir directement dans l'âme elle-même et de s'en aller instruit par lui --- que ce soit pour notre malheur ou pour notre bien."

 
La question n'est pas d'avoir peur d'entrer en contact avec un "mauvais" savoir, ce qui sera inévitable du fait de cette incorporation immédiate et de la possibilité d'un mauvais choix de notre part, mais de reconnaître nos influences et de prendre ces connaissances pour ce qu'elles sont: des discours à discuter. Le discours s'insinue en nous et nous façonne, se questionner sur son savoir se fait toujours à posteriori après l'avoir incorporé, l'important est de ne pas sauter cette étape (autant que de choisir sa source).

Donc voilà avant de venir répéter ici comme un brave mouton tout ce que je lis pour faire le malin... il faudra que je progresse encore.

 

Par Thra
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