Chacun a son histoire et ce que dit ou pense une personne n'est pas la personne en elle même à mon avis. Le fameux cogito de Descartes est réducteur,
le point de départ de toute chose ce n'est pas le "je", le "je" est entre autres le produit d'une histoire, d'une tradition et d'interactions avec les autres et avec le milieu. Et il est toujours
en évolution (enfin il vaut mieux ^^). L'étant de quelqu'un (son comportement, ce qui est observable) n'est pas son "lui-même", mettre à jour son "soi-même" est un accouchement de longue haleine,
il est même à envisager qu'il soit impossible étant donné sa nature évolutive.
Donc une bonne part de notre construction se fait par notre rapport au monde, attention je ne nie pas la personnalité singulière, je ne dis pas que 2 enfants en bas age lâchés dans le même milieu
avec la même éducation seront identiques (bien que même dans un tel cas comment juger si ils ont bien subit des influences identiques?) mais notre psychisme se construit de l'extérieur, dans le
sens où il y a peut être une organisation interne préalable mais que celle-ci a besoin de l'extérieur pour fonctionner et se développer.
Bon revenons aux gens que tu croises dans le train/bus/métro et qui semblent plutôt terre à terre, à partir de ma conception de la chose (qui est donc influencée par mon éducation, mes lectures,
la tradition, la culture de notre société, et aussi peut être par une structure biologique propre préalable) ils sont aussi le fruit, comme nous, d'une certaine histoire et sous l'influence du
milieu. Quand on parle d'esprits formatés ce n'est pas une simple métaphore, nous le sommes tous, seulement selon les influences qui ont affecté notre psychisme nous sommes plus ou moins
résistants à certains types de messages ou de manipulations, nous arrivons plus ou moins à élargir nos horizons. La société a un grand rôle à jouer dans cette question, ses choix (donc ce qui
dégage de l'ensemble de sa population) déterminent le milieu et donc une part des comportements de sa population.
Des années de conditionnement ne se défont pas en quelques minutes, parce que celui-ci est un morceau du "je". En un sens on ne se déconditionne pas mais on se reconditionne, on se conditionne à
l'ouverture. L'opposition classique élite*/masse a fait beaucoup de tort à mon avis, parce que les deux font parti d'un même ensemble au destin lié. Donc si l'on trouve que le niveau général de
notre société est faible c'est que son fonctionnement l'encourage, peut être que les intellectuels font fausse route, mais peut être aussi (et c'est une hypothèse plus probable à on avis) que le
pouvoir trop occupé par ses intérêts n'accorde d'espace qu'aux idées allant dans leurs sens.
Je tiens à préciser que je ne dilue pas l'individualité dans le groupe, j'envisage la question sous l'angle de l'influence de l'autre sur soi. Et peut-être que "ces gens"
sont plus heureux que nous qui nous faisons des noeuds dans la tête... d'ailleurs "ces gens" ont surement individuellement, individuel mais issu d'une histoire avec
les autres, quelque chose à transmettre.
*(D'autant plus que de nos jours un certain glissement de terrain s'est effectué, l'élite qui autrefois désignait surtout les intellectuels, couvre maintenant à la fois les sphères de pouvoir et
les sphères intellectuelles et culturelles, or pouvoir ne rime pas toujours avec culture...)
Quelques mises en garde que Platon prête à Socrate à propos du savoir issues des sciences du logos (discours,/raison donc biensûr la philosophie mais aussi ce qu'on appelle maintenant les sciences humaines), qu'il désignait comme nourriture de l'âme par opposition aux aliments qui sont la nourriture du corps:
"Lorsque l'on se les procure, on ne devrait pas être moins méfiant si l'on veut se faire vendre de la mauvaise marchandise. Le risque est même beaucoup plus grand lorsqu'il s'agit d'acheter du savoir que lorsqu'il s'agit d'aliments. Car les aliments et les boissons quand on les achète chez le détaillant, on peut les emporter chez soi dans des récipients spéciaux et, avant de se les incorporer en les buvant et en les mangeant, il est possible de les laisser chez soi et de consulter l'expert que l'on aura appeler pour savoir ce qu'il y a lieu, ou non, de manger ou de boire, en quelle quantité et à quel moment. Lorsqu'on les achète le risque n'est donc pas très grand. Le savoir, quant à lui, ne peut s'emporter dans un récipient à part; il est, au contraire, inévitable une fois qu'il a été acheté, de le recevoir directement dans l'âme elle-même et de s'en aller instruit par lui --- que ce soit pour notre malheur ou pour notre bien."
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