Moderniser la modernité

Publié le par Thra

Il faut tout moderniser, tout doit être modernisé, on entend que ça ces temps-ci. Tout le monde parle de modernisation mais chacun a son idée sur la question et taxe ses détracteurs de rétrogrades.

Mais qu'est-ce au fond la modernité? Le sens premier de la modernité était de changer les règles de la vie sociale à la lumière de la raison pour la sortir du carcan de la tradition et de la culture en les passant crible de la critique. Depuis bien longtemps en fait chaque génération s'est réclamée de la modernité. La modernité serait donc rabaissée à un synonyme de présent, de l'ancré dans l'actuel par opposition au passé (forcément rétrograde). Bien que la brandissant à tout bout de champ on l'a finalement reléguée au rang de la simple mise à jour et du simple progrès technique.

Où est passée la volonté de changement des règles sociales? On a assimilé la modernisation des institutions à l'adaptation de celles-ci aux contraintes de l'actualité, en fait une vulgaire soumission aux conditions "extérieures" dues à la nouvelle "réalité de notre monde moderne". En quoi notre monde est-il moderne? Il est surtout celui de la science et du libéralisme triomphant (avant l'épuisement total des ressources?), la réalité du monde n'est pas extérieure aux activités humaines mais elle en dépend. La modernisation ne doit donc pas être une adaptation mais un choix vers l'amélioration du fonctionnement de nos sociétés. Elle ne doit pas comme on l'entend trop souvent dans la bouche de nos politiciens plier les institutions aux réalités du marché --réalité taillée sur mesure par et pour une minorité-- mais au contraire déterminer le cadre des activités humaines.

 

En assimilant la modernité au progrès technique et scientifique tout gardant un vague souvenir de sa vocation de transformation de la société celle-ci n'est devenue qu'un vulgaire argument politicien destiné à faire passer toute mesure comme un progrès et par là même, présenter toute voix discordante comme passéiste, poussièreuse et obscurantiste.

Publié dans Société

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ti'hamo 29/03/2008 18:57

Voui. C'est vrai.

(je précise juste par précaution, que les théories marxistes, là-dessus, rejoignent le libéralisme : il soumet les réalités humaines, les relations sociales, au "sens de l'histoire", à la "marche de l'humanité", aux rapports de production. Je dis ça au cas où.)

Je dois dire que concernant la recherche scientifique et le... oh, non, partez pas, restez un peu, heu, non, je cherche pas à tirer la couverture sur mon sujet habituel, enfin si, mais c'est un bon exemple, je trouve, et ça illustre bien le propos :
- quand se sont posées des questions éthiques à propos du tri embryonnaire, ou de l'embryon humain utilisé comme matériel de recherche (clonage), la question qu'on pose c'est : est-ce qu'on peut techniquement le faire ? qu'est-ce que ça permet d'obtenir ?

- pour l'avortement (indépendamment de la question du juste ou pas, dont on discute ailleurs de toute façon), on en est à le justifier par.... ......la loi de l'offre et de la demande.


(alors, je te conseille une saine lecture : "un requin sous la lune", de matt ruff. Comme ça tu rigoleras quand-même mais en même temps il y a des personnages qui devraient te plaire... ... justement sur le sujet de ton article...)